Index Strasbourg curieux Strasbourg à la loupe

Agenda curieux :: Actu des sites Strasbourgeois :: Hébergement strasbourgeois

Strasbourg à la loupe » Alternative libertaire Alsace

Sites

40861 articles (40047 non lus) dans 281 sites

Exposition Exposition (1403 non lus)
Concert / soirée Concert / soirée (3768 non lus)
Guide / média Guide / média (12656 non lus)
Média_vidéo Média_vidéo (1132 non lus)
Projection Projection (34 non lus)
Politique / social Politique / social (12374 non lus)
théâtre théâtre (835 non lus)
Artiste Artiste (209 non lus)
Inclassables Inclassables (354 non lus)
Edition/bd/imprimerie Edition/bd/imprimerie (1922 non lus)
Vélo transport Vélo transport (1318 non lus)
Monde Numérique Monde Numérique (1684 non lus)
Monde Numérique Média Monde Numérique Média (530 non lus)
Nature et Agriculture Nature et Agriculture (1009 non lus)
Vie/assoc Quartiers Vie/assoc Quartiers (819 non lus)
 «  Expand/Collapse
MagpieRSS Object
(
    [parser] => Resource id #19
    [current_item] => Array
        (
        )

    [items] => Array
        (
            [0] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Les « gilets jaunes » : un soulèvement populaire contre l'acte II de l'offensive néolibérale
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article910
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article910
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-12-18T19:25:34Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Actualité
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                    [category] => Actualité
                    [description#] => 1
                    [description] => Par Alain Bihr <br />article publié sur : http://alencontre.org/ <br />De nombreux observateurs du mouvement des « gilets jaunes » se sont étonnés de voir ces derniers concentrer leurs critiques et leurs revendications sur le gouvernement, en ciblant en particulier sa politique fiscale et plus largement sa gestion des finances publiques, en omettant de s'en prendre au patronat qui porte, bien évidemment, une lourde responsabilité dans la dégradation de leur pouvoir d'achat et, plus largement, de leurs conditions (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot16" rel="tag">Idées</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton910.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Par Alain Bihr</p> <p class="spip">article publié sur :
<a href="http://alencontre.org/" class="spip_out">http://alencontre.org/</a></p> <p class="spip">De nombreux observateurs du mouvement des « gilets jaunes » se sont étonnés de voir ces derniers concentrer leurs critiques et leurs revendications sur le gouvernement, en ciblant en particulier sa politique fiscale et plus largement sa gestion des finances publiques, en omettant de s'en prendre au patronat qui porte, bien évidemment, une lourde responsabilité dans la dégradation de leur pouvoir d'achat et, plus largement, de leurs conditions d'existence dont ils se plaignent. Certains, notamment au sein des organisations syndicales, ont même tiré argument de cette omission et de cette incohérence pour dénoncer le mouvement comme typiquement « poujadiste », « consumériste » ou « citoyenniste », remettre en question sa nature de classe et refuser par conséquent de le rejoindre et de le soutenir. Pour répondre à ces critiques, un petit détour théorique s'impose.</p> <p class="spip"><strong class="spip">1. Dès ses origines, à la fin des années 1970, les politiques néolibérales</strong> se sont proposé, comme objectif non déclaré, de contribuer au redressement du taux de profit dont la dégradation était la cause immédiate et principale de la crise structurelle dans laquelle était entré le régime fordiste d'accumulation du capital dans le cours de cette décennie [1]. Essayons de saisir en quoi a pu consister cette contribution.</p> <p class="spip">Le taux de profit se définit par le rapport entre la masse de la plus-value (pl) formée et réalisée dans le cours d'un cycle de reproduction du capital social (la totalité du capital en fonction dans la société) et la masse de ce dernier (c) qu'il a fallu avancer, sous quelque forme que ce soit (capital constant comme capital variable, capital improductif représentant les frais de circulation comme capital productif, capital fixe comme capital circulant) pour obtenir cette plus-value. Pour redresser le taux de profit, il faut donc chercher et à augmenter pl, donc accroître la durée, l'intensité et la productivité du travail mis en œuvre (exploité) par le capital, et à diminuer la masse C de ce dernier à avancer à cette fin.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1010 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Flexible.jpg' width="600" height="385" />
</span></p> <p class="spip">Ces deux résultats doivent et peuvent s'atteindre, au moins en partie, par les moyens propres au capital comme rapport de production, en l'occurrence par la mise en œuvre de nouveaux modes d'exploitation et de domination du travail : de nouvelles formes d'emploi, de nouvelles formes d'organisation du travail, de nouvelles formes de management des travailleurs dans l'entreprise, de nouvelles technologies productives, un nouveau discours de légitimation de l'entreprise, etc. Le nouveau paradigme productif, celui de l'usine fluide, flexible, diffuse et nomade, mis en œuvre dans l'ensemble des branches industrielles des formations capitalistes centrales à partir des années 1980, quoique avec des succès inégaux, aura précisément eu ce but [2]. Il aura signifié, entre autres, le déploiement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), le développement de l'emploi précaire (CDD et intérim), une intensification générale du travail sous l'effet et des NTIC et d'un management par le harcèlement et le stress, le recours à la sous-traitance et à la filialisation, etc. Mais ces innovations au sein du procès capitaliste de production et de circulation du capital n'auraient pas suffi à elles seules à redresser le taux de profit. Il y aura fallu le concours des politiques néolibérales dans leurs différentes dimensions de privatisation (des entreprises et des services publics), de déréglementation des marchés (marché du travail et marché du capital aussi bien que du marché des marchandises) et de libéralisation de la circulation internationale du capital sous toutes ses formes.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1011 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Arcelor.jpg' width="600" height="341" />
</span></p> <p class="spip">En ce qui concerne la diminution de la masse du capital social C, leur contribution sera restée secondaire quoique non négligeable. Elles auront opéré essentiellement en déréglementant et en libérant le marché du capital, avec pour effet d'accroître la concurrence entre les capitaux et de durcir les conditions d'accès au crédit, de sorte en définitive à éliminer les « canards boiteux » : à « libérer » le capital social du poids mort des capitaux les moins concurrentiels et productifs, qui n'avaient pu survivre qu'au prix de la poursuite du fordisme à crédit dans la seconde moitié des années 1970 et, en définitive, d'une « économie de surendettement ». Que cela se soit traduit par des licenciements collectifs massifs dans des branches comme le textile, la sidérurgie, les chantiers navals, l'automobile, etc., en plongeant des régions entières dans la pauvreté et la marginalité socioéconomique, cela aura été le moindre souci des gouvernements mettant en œuvre ces politiques, fussent-ils soi-disant de gauche.</p> <p class="spip">Par contre, la contribution des politiques néolibérales à l'augmentation de la plus-value, donc à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail mise en œuvre par le capital, aura été beaucoup plus sérieuse et, sous certains rapports, décisive. Elle s'est opérée à deux niveaux et en deux temps. Voyons cela de plus près.</p> <p class="spip"><strong class="spip">2. Aggraver l'exploitation de la force de travail</strong> passe en premier lieu par une dégradation des conditions d'emploi, de travail et de rémunération de cette force. A ce premier niveau, la contribution des politiques néolibérales a revêtu de multiples formes.</p> <p class="spip">La plus générale est l'assouplissement des conditions juridiques (contractuelles, administratives et légales) d'embauche et de licenciement qui rendent possible le développement du chômage et du travail précaire. Cela revient tout simplement à gonfler « l'armée industrielle de réserve » (Marx [3]) et, par conséquent, à accroître la concurrence entre ses membres plus ou moins immédiatement employables par le capital (ce que Marx appelle « la surpopulation flottante » et « la surpopulation latente ») tout comme à accentuer la menace permanente et silencieuse que cette « armée de réserve » exerce à l'encontre de « l'armée industrielle active » (les travailleurs employés), en « disciplinant » les uns aussi bien que les autres, c'est-à-dire en les forçant à accepter les conditions d'emploi, de travail et de rémunération que le capital leur « offre », actuellement ou potentiellement.</p> <p class="spip">La contribution des politiques néolibérales à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail prend par ailleurs différentes formes plus particulières. Par exemple le durcissement des conditions d'indemnisation du chômage (en termes de preuves de recherche active d'emploi, de stages de formation à suivre, de bonne volonté à manifester, etc.), qui ne vise qu'à accroître la concurrence entre chômeurs et à les responsabiliser/culpabiliser, en leur faisant croire que leur sort (heureux et malheureux) ne dépend que d'eux. Tout cela pour faire oublier que le volant de quelque 350'000 offres d'emploi non satisfaites est bien incapable d'absorber les 5 650 000 demandeurs d'emploi actuellement enregistrés à Pôle Emploi – sans compter tous les chômeurs ayant renoncé à toute recherche d'emploi et qui ont disparu de la statistique du chômage. Car ceux-là au moins savent que, dans ces conditions, ils auront beau « traverser la rue » plusieurs fois, ce sera en vain !</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1012 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Noalternative.jpg' width="622" height="454" />
</span></p> <p class="spip">Le démantèlement opéré du droit du travail tout comme l'affaiblissement des organisations syndicales sous l'effet, entre autres, du développement du chômage et de la précarité, auront contribué à durcir les conditions de travail. Car ils auront dégradé le rapport de force entre capitalistes et travailleurs sur les lieux de travail même, en rendant plus difficile la lutte des seconds contre les nouvelles formes d'exploitation, tout comme contre les anciennes perpétuées.</p> <p class="spip">L'abandon de toute politique salariale, fondée sur l'indexation des salaires sur les prix et la productivité du travail, impliquant éventuellement des mesures de réduction de la hiérarchie salariale (par augmentation plus rapide des bas salaires), a également fait partie de la panoplie des politiques néolibérales, qui n'ont rien tant en horreur que la réglementation administrative des prix. En réduisant le salaire (comme prix de la force de travail) à fluctuer comme tous les autres prix en fonction du seul prétendu rapport de l'offre et de la demande [4], elles auront ainsi contribué à la stagnation ou du moins, à une moindre progression, du pouvoir d'achat des salaires directs, aggraver la hiérarchie salariale et l'inégalité entre les rémunérations du travail (salarié) et celle du capital (de ses ayants droit), donc à la dévalorisation relative de la force de travail.</p> <p class="spip"><strong class="spip">3. Mais il est un second niveau où les politiques néolibérales ont pu contribuer à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail.</strong> Et ce d'une manière plus décisive qu'au niveau précédent.</p> <p class="spip">Pour dévaloriser la force sociale de travail, il faut diminuer la quantité de travail social nécessaire à sa (re)production. Là encore, le capital peut y parvenir directement par ses propres moyens, en augmentant la productivité du travail et en freinant la progression des salaires réels pour qu'elle reste inférieure à celle de la productivité. C'est là le mécanisme de la formation de ce que Marx appelle la plus-value relative [5]. Mais, ici encore, les vertus du capital restent limitées, tout simplement parce qu'une partie, importante, du travail social nécessaire à la (re)production de la force de travail lui échappe.</p> <p class="spip">En effet, cette (re)production ne se réduit à ce que Marx en présente dans Le Capital, à savoir la circulation de la force de travail comme marchandise. Pour assurer cette (re)production, il ne suffit pas que cette force de travail trouve à se vendre (contre un salaire) et que le salaire s'échange contre les moyens de consommation nécessaire à l'entretien des travailleurs et des siens. Outre toute l'immense masse de travail domestique qui contribue à cet entretien, dont la majeure partie a toujours été et reste assurée par les femmes [6], il y faut tout un ensemble de services et d'équipements collectifs : un appareil scolaire et universitaire (pour former et qualifier la force sociale de travail dans toute sa diversité), un appareil sanitaire (des hôpitaux, des équipes de médecins, infirmier-e-s, aides soignants) pour rétablir une force de travail dégradé par la maladie, un appareil d'assistance (pour entretenir les chômeurs de longue durée, les handicapés, les invalides, les personnes âgées dépendantes), des moyens de communication et de transport, etc.</p> <p class="spip">De ces services et équipements collectifs, de la masse de travail mort et vivant qu'ils matérialisent et mettent en œuvre, l'État n'a pas toujours été directement le maître d'ouvrage (ce n'est pas lui qui les a produits, entretenus et développés), mais il en a été, jusqu'à présent du moins, le maître d'œuvre : il les a financés (par l'intermédiaire des fameux prélèvements obligatoires : les impôts et les cotisations sociales, ces dernières constituant la partie socialisée du salaire) et il en a gouverné (dirigé, organisé et contrôlé) la mise en œuvre. S'il en a été ainsi, c'est pour toute une série de raisons, variables dans l'espace et le temps : le capital aurait été incapable de les produire par lui-même (par exemple certaines infrastructures de communication et de transport) ; ils lui ont été imposés par les luttes populaires par l'intermédiaire de l'État (par exemple l'accès gratuit aux services hospitaliers), notamment dans le cadre du compromis fordiste ; ils répondent en partie à d'autres nécessités d'intérêt général ou, au contraire, à des nécessités procédant de l'intérêt singulier de l'État (par exemple des impératifs militaires). Ce qui revient aussi à dire que leur coût d'équipement et de fonctionnement n'entre pas intégralement dans la formation de la valeur de la force sociale de travail, même si cette dernière comprend sans doute une part importante du premier [7].</p> <p class="spip">Le financement de ces services et équipements collectifs pèse sur le capital (par l'intermédiaire des impôts et des cotisations sociales) et limite d'autant sa valorisation. C'est dans cette mesure même que les politiques néolibérales se sont proposé d'en réduire le coût global (en effectuant des coupes, sombres ou claires, dans les dépenses publiques) – ce qui revient directement à dévaloriser en due proportion la force sociale de travail – et, notamment, la contribution du capital à son financement (en réduisant les cotisations sociales et les impôts pesant sur le capital et le profit, soit de manière absolue soit de manière relative, par exemple relativement à ceux pesant sur le travail). Toute l'antienne néolibérale, fustigeant l'excès de dépenses publiques (« le pognon de dingue », selon Macron, que coûterait la protection sociale) et l'excès de prélèvement obligatoires (la « voracité » de l'État), s'explique en bonne partie par là, tout en s'alimentant à la conviction que, si l'État est un mal nécessaire, il faut cependant toujours veiller à le réduire à la portion congrue.</p> <p class="spip">A ce premier objectif, les politiques néolibérales en ajoutent un second à ce niveau. Tout en veillant à démanteler les services et équipements collectifs financés sur fonds publics, ils cherchent à en faire passer sous la coupe du capital tous les éléments qui offrent des opportunités de valorisation plus ou moins certaines à ce dernier. C'est ce à quoi ont tendu évidemment les opérations de privatisation de ces équipements et services, dont les exemples sont légion ; la montée des fonds privés de pension (par capitalisation) en place de systèmes publics de retraite par répartition en repli, les assurances privées promettant de prendre le relais de l'assurance maladie publique dont le périmètre et le taux de couverture sont revus en baisse, l'essor des cliniques privées en marge ou même au sein d'un hôpital public privé de moyens, celui des établissements scolaires privés accueillant des élèves fuyant la dégradation du service public d'enseignement, sont autant d'exemples allant dans le même sens.</p> <p class="spip">Entre ces deux objectifs, il existe un rapport évident. Comme il serait politiquement difficile voire dangereux de déclarer par exemple que l'on va purement et simplement supprimer l'école publique et l'hôpital public pour les remplacer par des écoles et des cliniques privées ou encore que l'on va abolir l'assurance maladie ou l'assurance vieillesse pour leur substituer des assurances privées que chacun et chacune ne pourra payer que dans la mesure des ses moyens monétaires, la manœuvre consiste depuis des lustres à asphyxier financièrement les administrations publiques pour provoquer la dégradation des prestations qu'elles assurent au public, faire ainsi le lit de leurs concurrents privés et ouvrir la voie aux privatisations intégrales tant exigées par les idéologues néolibéraux.</p> <p class="spip"><strong class="spip">4. Les deux contributions des politiques néolibérales à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail</strong> qui viennent d'être détaillées font partie d'un ensemble d'une grande cohérence, et dans sa conception et dans son exécution, et elles ont donc été mises en œuvre simultanément. D'une phase à l'autre de leur exécution, l'une aura prévalu sur l'autre cependant, en France du moins.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1013 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/chomage.jpg' width="600" height="313" />
</span></p> <p class="spip">Dans un premier temps, en gros durant les deux dernières décennies du siècle passé, c'est leur contribution à la dégradation directe des conditions d'emploi, de travail et de rémunération qui aura prévalu. Durant cette phase, abandonnant ou sacrifiant l'héritage des politiques économiques et sociales naguère pratiquées dans le cadre du compromis fordiste, les gouvernants successifs, soi-disant de gauche ou réellement de droite, laissent filer le chômage et la précarité, par exemple par l'instauration de formes successives de soi-disant « emplois aidés » qui sont autant de mises à disposition quasi gratuites de la force de travail aux employeurs (cf. la création des « travaux d'utilité collective », les TUC, en octobre 1984). Ils instaurent la désindexation des salaires (directs) sur les prix et la productivité (suppression de l'échelle mobile des salaires en juin 1982). Ils commencent à détricoter le droit du travail (par exemple en supprimant l'autorisation administrative préalable pour les licenciements en juillet 1986). Et ils réduisent considérablement les conditions antérieurement « généreuses » d'indemnisation de l'emploi en termes de rémunération et de durée, conduisant à l'instauration de l'allocation spécifique de solidarité (mars 1984) et du revenu minimum d'insertion (décembre 1988). Évidemment, dès ce moment, l'offensive néolibérale se déroule aussi sur l'autre front, celui des conditions socialisées de reproduction de la force sociale de travail : c'est l'instauration d'un forfait hospitalier en janvier 1983 ; ce sont les premières mesures de déremboursement des médicaments dans le cadre du plan Séguin de « maîtrise des dépenses de santé » (décembre 1986 – janvier 1987) ; c'est la première « réforme » des retraites imposée par le gouvernement Balladur en juillet 1993 allongeant la durée de cotisation et dégradant le niveau de la pension versée. Mais, dans l'ensemble, le premier volet l'emporte sur le second durant cette première phase.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1014 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/BVache.jpg' width="550" height="381" />
</span></p> <p class="spip">Ce sera l'inverse durant la phase suivante qui couvre les deux premières décennies du présent siècle. Sans doute, la dégradation des conditions d'emploi, de travail et de rémunération ne disparaît-elle pas alors de l'agenda des politiques néolibérales : la succession des dites « lois travail » au cours de ces toutes dernières années, de la loi El Khomry (août 2016) jusqu'à la récente « réforme » du Code du travail adoptée au pas de charge (septembre 2017), en témoigne, entre autres. Mais cette phase va être dominée par le lancinant problème de la maîtrise de l'endettement public. Constamment aggravé par la politique d'allégements des impôts et des cotisations sociales (dont bénéficient essentiellement le capital, les titulaires de hauts revenus et les détenteurs de grandes fortunes) pratiquée dès le début des années 2000, cet endettement va brutalement bondir à l'occasion de la crise financière dite des subprime de 2007-2008, sous la conjugaison du sauvetage massif du capital financier failli ou en passe de l'être, des plans de relance destiné à contenir la dépression économique générale et le déficit de recettes entraîné par cette dernière [8]. Dès lors, sous prétexte de réduire un endettement public qui résulte pourtant avant tout de l'injustice fiscale au profit du capital et des possédants et de la socialisation d'un endettement privé en gros occasionné par les mêmes, et en tirant argument de la nécessité de réduire son insoutenable fardeau, l'obsession de nos gouvernants va être de réduire les dépenses publiques en amplifiant et accélérant le démantèlement des équipements et services collectifs que ces dépenses financent. Le tout au grand dam des couches populaires frappées ainsi d'une double peine : dûment mises à contribution par l'alourdissement de la fiscalité indirecte et de la part de la fiscalité directe portant sur le travail, ils voient quotidiennement se dégrader des services et des équipements, qui font partie des conditions immédiates et, pour partie, indispensables d'existence de leurs membres, surtout les plus démunis.</p> <p class="spip"><strong class="spip">5. Replacée dans ce contexte, la révolte des « gilets jaunes » se comprend mieux, y compris dans le fait qu'elle a principalement ciblé l'État</strong>, notamment dans sa dimension fiscale. Le choix de cette cible n'en fait pas un mouvement « poujadiste » ou « consumériste » comme on s'est plu à la dire et à le répéter, pas plus qu'il ne place cette révolte en dehors de lutte anticapitaliste. Au contraire, il identifie l'un des deux moments (moyens, procédés, axes) principaux du procès global d'aggravation de l'exploitation de la force sociale de travail par le capital auquel contribuent les politiques néolibérales. Il désigne les finances publiques, tant dans leur volet recettes que dans leur volet dépenses, comme l'un des deux principaux enjeux de la lutte des classes aujourd'hui sur le plan économique, l'autre restant bien entendu le partage de « valeur ajoutée » entre profits et salaires tel qu'il résulte de l'affrontement direct entre travail et capital au sein du procès de production même. Il fait de l'inflexion de ces politiques, dans le sens d'une mise à contribution du capital et de ses ayants droit à la hauteur véritable de leurs facultés en la matière [9] et d'une priorité donnée à la satisfaction des besoins sociaux les plus élémentaires des classes populaires (en termes d'éducation, de santé, de logement, de culture, de loisirs), un objectif essentiel de toute politique visant à unifier ces classes dans une perspective anticapitaliste.</p> <p class="spip">Sans doute la conscience de la nature politique et de la portée globale de cet enjeu n'est-elle encore que partielle au sein du mouvement des « gilets jaunes », bien qu'elle ait considérablement mûri depuis les premières revendications de ce dernier limitées à la question de la taxation des carburants. L'articulation de cet enjeu avec l'autre, celui qui est au cœur de l'affrontement quotidien sur les lieux de production, sur les chantiers, dans les ateliers et les bureaux, laisse lui aussi encore à nettement à désirer, bien que l'exigence d'une augmentation générale du pouvoir d'achat ait fait son apparition dans les plates-formes revendicatives. Cela rend d'autant plus nécessaire et urgente l'intervention au sein du mouvement des « gilets jaunes » des organisations syndicales et politiques anticapitalistes, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ces colonnes [10]. Car ce n'est que de la sorte que pourront être écartées et finalement brisées les deux mâchoires de la tenaille capitaliste, le patronat et l'État. (8 décembre 2018)</p> <hr class="spip" /> <p class="spip">[1] Pour une analyse détaillée de la mise en œuvre des politiques néolibérales en tant que réponse à la crise du fordisme, cf. l'article « Crise » dans La novlangue néolibérale, 2e édition, Page 2 & Syllepse, 2017.</p> <p class="spip">[2] Pour une présentation de ce nouveau paradigme productif, cf. La novlangue néolibérale, op. cit., pages 169-173.</p> <p class="spip">[3] Le Capital, Livre I, Chapitre XXV.</p> <p class="spip">[4] Soi-disant parce que, comme Marx l'a montré, les dés sont pipés en l'occurrence. Sur le marché du travail, loin que l'offre et la demande de travail soient deux facteurs indépendants de l'un de l'autre, ils sont l'un et l'autre commandés par le capital, qui est maître de l'offre d'emplois tout comme il détermine largement la demande d'emplois par le biais de « surpopulation relative » qu'il engendre dans le cours de son procès de reproduction.</p> <p class="spip">[5] Le Capital, Livre I, Chapitre XII.</p> <p class="spip">[6] Cf. par exemple Delphine Roy, « Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010 », Insee Première, n°1423, Insee, novembre 2012.</p> <p class="spip">[7] A ma connaissance, il n'y a jamais eu une évaluation de la part des finances publiques (recettes et dépenses) entrant dans la composition de la valeur de la force sociale de travail.</p> <p class="spip">[8] Pour le détail, cf. l'article « Dette publique » dans La novlangue néolibérale, op. cit.</p> <p class="spip">[9] Selon les termes de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »</p> <p class="spip">[10] Cf. mon précédent article : « Les “gilets jaunes” : pourquoi et comment en être ? ».</p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Par Alain Bihr <br />article publié sur : http://alencontre.org/ <br />De nombreux observateurs du mouvement des « gilets jaunes » se sont étonnés de voir ces derniers concentrer leurs critiques et leurs revendications sur le gouvernement, en ciblant en particulier sa politique fiscale et plus largement sa gestion des finances publiques, en omettant de s'en prendre au patronat qui porte, bien évidemment, une lourde responsabilité dans la dégradation de leur pouvoir d'achat et, plus largement, de leurs conditions (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot16" rel="tag">Idées</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton910.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Par Alain Bihr</p> <p class="spip">article publié sur :
<a href="http://alencontre.org/" class="spip_out">http://alencontre.org/</a></p> <p class="spip">De nombreux observateurs du mouvement des « gilets jaunes » se sont étonnés de voir ces derniers concentrer leurs critiques et leurs revendications sur le gouvernement, en ciblant en particulier sa politique fiscale et plus largement sa gestion des finances publiques, en omettant de s'en prendre au patronat qui porte, bien évidemment, une lourde responsabilité dans la dégradation de leur pouvoir d'achat et, plus largement, de leurs conditions d'existence dont ils se plaignent. Certains, notamment au sein des organisations syndicales, ont même tiré argument de cette omission et de cette incohérence pour dénoncer le mouvement comme typiquement « poujadiste », « consumériste » ou « citoyenniste », remettre en question sa nature de classe et refuser par conséquent de le rejoindre et de le soutenir. Pour répondre à ces critiques, un petit détour théorique s'impose.</p> <p class="spip"><strong class="spip">1. Dès ses origines, à la fin des années 1970, les politiques néolibérales</strong> se sont proposé, comme objectif non déclaré, de contribuer au redressement du taux de profit dont la dégradation était la cause immédiate et principale de la crise structurelle dans laquelle était entré le régime fordiste d'accumulation du capital dans le cours de cette décennie [1]. Essayons de saisir en quoi a pu consister cette contribution.</p> <p class="spip">Le taux de profit se définit par le rapport entre la masse de la plus-value (pl) formée et réalisée dans le cours d'un cycle de reproduction du capital social (la totalité du capital en fonction dans la société) et la masse de ce dernier (c) qu'il a fallu avancer, sous quelque forme que ce soit (capital constant comme capital variable, capital improductif représentant les frais de circulation comme capital productif, capital fixe comme capital circulant) pour obtenir cette plus-value. Pour redresser le taux de profit, il faut donc chercher et à augmenter pl, donc accroître la durée, l'intensité et la productivité du travail mis en œuvre (exploité) par le capital, et à diminuer la masse C de ce dernier à avancer à cette fin.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1010 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Flexible.jpg' width="600" height="385" />
</span></p> <p class="spip">Ces deux résultats doivent et peuvent s'atteindre, au moins en partie, par les moyens propres au capital comme rapport de production, en l'occurrence par la mise en œuvre de nouveaux modes d'exploitation et de domination du travail : de nouvelles formes d'emploi, de nouvelles formes d'organisation du travail, de nouvelles formes de management des travailleurs dans l'entreprise, de nouvelles technologies productives, un nouveau discours de légitimation de l'entreprise, etc. Le nouveau paradigme productif, celui de l'usine fluide, flexible, diffuse et nomade, mis en œuvre dans l'ensemble des branches industrielles des formations capitalistes centrales à partir des années 1980, quoique avec des succès inégaux, aura précisément eu ce but [2]. Il aura signifié, entre autres, le déploiement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), le développement de l'emploi précaire (CDD et intérim), une intensification générale du travail sous l'effet et des NTIC et d'un management par le harcèlement et le stress, le recours à la sous-traitance et à la filialisation, etc. Mais ces innovations au sein du procès capitaliste de production et de circulation du capital n'auraient pas suffi à elles seules à redresser le taux de profit. Il y aura fallu le concours des politiques néolibérales dans leurs différentes dimensions de privatisation (des entreprises et des services publics), de déréglementation des marchés (marché du travail et marché du capital aussi bien que du marché des marchandises) et de libéralisation de la circulation internationale du capital sous toutes ses formes.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1011 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Arcelor.jpg' width="600" height="341" />
</span></p> <p class="spip">En ce qui concerne la diminution de la masse du capital social C, leur contribution sera restée secondaire quoique non négligeable. Elles auront opéré essentiellement en déréglementant et en libérant le marché du capital, avec pour effet d'accroître la concurrence entre les capitaux et de durcir les conditions d'accès au crédit, de sorte en définitive à éliminer les « canards boiteux » : à « libérer » le capital social du poids mort des capitaux les moins concurrentiels et productifs, qui n'avaient pu survivre qu'au prix de la poursuite du fordisme à crédit dans la seconde moitié des années 1970 et, en définitive, d'une « économie de surendettement ». Que cela se soit traduit par des licenciements collectifs massifs dans des branches comme le textile, la sidérurgie, les chantiers navals, l'automobile, etc., en plongeant des régions entières dans la pauvreté et la marginalité socioéconomique, cela aura été le moindre souci des gouvernements mettant en œuvre ces politiques, fussent-ils soi-disant de gauche.</p> <p class="spip">Par contre, la contribution des politiques néolibérales à l'augmentation de la plus-value, donc à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail mise en œuvre par le capital, aura été beaucoup plus sérieuse et, sous certains rapports, décisive. Elle s'est opérée à deux niveaux et en deux temps. Voyons cela de plus près.</p> <p class="spip"><strong class="spip">2. Aggraver l'exploitation de la force de travail</strong> passe en premier lieu par une dégradation des conditions d'emploi, de travail et de rémunération de cette force. A ce premier niveau, la contribution des politiques néolibérales a revêtu de multiples formes.</p> <p class="spip">La plus générale est l'assouplissement des conditions juridiques (contractuelles, administratives et légales) d'embauche et de licenciement qui rendent possible le développement du chômage et du travail précaire. Cela revient tout simplement à gonfler « l'armée industrielle de réserve » (Marx [3]) et, par conséquent, à accroître la concurrence entre ses membres plus ou moins immédiatement employables par le capital (ce que Marx appelle « la surpopulation flottante » et « la surpopulation latente ») tout comme à accentuer la menace permanente et silencieuse que cette « armée de réserve » exerce à l'encontre de « l'armée industrielle active » (les travailleurs employés), en « disciplinant » les uns aussi bien que les autres, c'est-à-dire en les forçant à accepter les conditions d'emploi, de travail et de rémunération que le capital leur « offre », actuellement ou potentiellement.</p> <p class="spip">La contribution des politiques néolibérales à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail prend par ailleurs différentes formes plus particulières. Par exemple le durcissement des conditions d'indemnisation du chômage (en termes de preuves de recherche active d'emploi, de stages de formation à suivre, de bonne volonté à manifester, etc.), qui ne vise qu'à accroître la concurrence entre chômeurs et à les responsabiliser/culpabiliser, en leur faisant croire que leur sort (heureux et malheureux) ne dépend que d'eux. Tout cela pour faire oublier que le volant de quelque 350'000 offres d'emploi non satisfaites est bien incapable d'absorber les 5 650 000 demandeurs d'emploi actuellement enregistrés à Pôle Emploi – sans compter tous les chômeurs ayant renoncé à toute recherche d'emploi et qui ont disparu de la statistique du chômage. Car ceux-là au moins savent que, dans ces conditions, ils auront beau « traverser la rue » plusieurs fois, ce sera en vain !</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1012 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/Noalternative.jpg' width="622" height="454" />
</span></p> <p class="spip">Le démantèlement opéré du droit du travail tout comme l'affaiblissement des organisations syndicales sous l'effet, entre autres, du développement du chômage et de la précarité, auront contribué à durcir les conditions de travail. Car ils auront dégradé le rapport de force entre capitalistes et travailleurs sur les lieux de travail même, en rendant plus difficile la lutte des seconds contre les nouvelles formes d'exploitation, tout comme contre les anciennes perpétuées.</p> <p class="spip">L'abandon de toute politique salariale, fondée sur l'indexation des salaires sur les prix et la productivité du travail, impliquant éventuellement des mesures de réduction de la hiérarchie salariale (par augmentation plus rapide des bas salaires), a également fait partie de la panoplie des politiques néolibérales, qui n'ont rien tant en horreur que la réglementation administrative des prix. En réduisant le salaire (comme prix de la force de travail) à fluctuer comme tous les autres prix en fonction du seul prétendu rapport de l'offre et de la demande [4], elles auront ainsi contribué à la stagnation ou du moins, à une moindre progression, du pouvoir d'achat des salaires directs, aggraver la hiérarchie salariale et l'inégalité entre les rémunérations du travail (salarié) et celle du capital (de ses ayants droit), donc à la dévalorisation relative de la force de travail.</p> <p class="spip"><strong class="spip">3. Mais il est un second niveau où les politiques néolibérales ont pu contribuer à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail.</strong> Et ce d'une manière plus décisive qu'au niveau précédent.</p> <p class="spip">Pour dévaloriser la force sociale de travail, il faut diminuer la quantité de travail social nécessaire à sa (re)production. Là encore, le capital peut y parvenir directement par ses propres moyens, en augmentant la productivité du travail et en freinant la progression des salaires réels pour qu'elle reste inférieure à celle de la productivité. C'est là le mécanisme de la formation de ce que Marx appelle la plus-value relative [5]. Mais, ici encore, les vertus du capital restent limitées, tout simplement parce qu'une partie, importante, du travail social nécessaire à la (re)production de la force de travail lui échappe.</p> <p class="spip">En effet, cette (re)production ne se réduit à ce que Marx en présente dans Le Capital, à savoir la circulation de la force de travail comme marchandise. Pour assurer cette (re)production, il ne suffit pas que cette force de travail trouve à se vendre (contre un salaire) et que le salaire s'échange contre les moyens de consommation nécessaire à l'entretien des travailleurs et des siens. Outre toute l'immense masse de travail domestique qui contribue à cet entretien, dont la majeure partie a toujours été et reste assurée par les femmes [6], il y faut tout un ensemble de services et d'équipements collectifs : un appareil scolaire et universitaire (pour former et qualifier la force sociale de travail dans toute sa diversité), un appareil sanitaire (des hôpitaux, des équipes de médecins, infirmier-e-s, aides soignants) pour rétablir une force de travail dégradé par la maladie, un appareil d'assistance (pour entretenir les chômeurs de longue durée, les handicapés, les invalides, les personnes âgées dépendantes), des moyens de communication et de transport, etc.</p> <p class="spip">De ces services et équipements collectifs, de la masse de travail mort et vivant qu'ils matérialisent et mettent en œuvre, l'État n'a pas toujours été directement le maître d'ouvrage (ce n'est pas lui qui les a produits, entretenus et développés), mais il en a été, jusqu'à présent du moins, le maître d'œuvre : il les a financés (par l'intermédiaire des fameux prélèvements obligatoires : les impôts et les cotisations sociales, ces dernières constituant la partie socialisée du salaire) et il en a gouverné (dirigé, organisé et contrôlé) la mise en œuvre. S'il en a été ainsi, c'est pour toute une série de raisons, variables dans l'espace et le temps : le capital aurait été incapable de les produire par lui-même (par exemple certaines infrastructures de communication et de transport) ; ils lui ont été imposés par les luttes populaires par l'intermédiaire de l'État (par exemple l'accès gratuit aux services hospitaliers), notamment dans le cadre du compromis fordiste ; ils répondent en partie à d'autres nécessités d'intérêt général ou, au contraire, à des nécessités procédant de l'intérêt singulier de l'État (par exemple des impératifs militaires). Ce qui revient aussi à dire que leur coût d'équipement et de fonctionnement n'entre pas intégralement dans la formation de la valeur de la force sociale de travail, même si cette dernière comprend sans doute une part importante du premier [7].</p> <p class="spip">Le financement de ces services et équipements collectifs pèse sur le capital (par l'intermédiaire des impôts et des cotisations sociales) et limite d'autant sa valorisation. C'est dans cette mesure même que les politiques néolibérales se sont proposé d'en réduire le coût global (en effectuant des coupes, sombres ou claires, dans les dépenses publiques) – ce qui revient directement à dévaloriser en due proportion la force sociale de travail – et, notamment, la contribution du capital à son financement (en réduisant les cotisations sociales et les impôts pesant sur le capital et le profit, soit de manière absolue soit de manière relative, par exemple relativement à ceux pesant sur le travail). Toute l'antienne néolibérale, fustigeant l'excès de dépenses publiques (« le pognon de dingue », selon Macron, que coûterait la protection sociale) et l'excès de prélèvement obligatoires (la « voracité » de l'État), s'explique en bonne partie par là, tout en s'alimentant à la conviction que, si l'État est un mal nécessaire, il faut cependant toujours veiller à le réduire à la portion congrue.</p> <p class="spip">A ce premier objectif, les politiques néolibérales en ajoutent un second à ce niveau. Tout en veillant à démanteler les services et équipements collectifs financés sur fonds publics, ils cherchent à en faire passer sous la coupe du capital tous les éléments qui offrent des opportunités de valorisation plus ou moins certaines à ce dernier. C'est ce à quoi ont tendu évidemment les opérations de privatisation de ces équipements et services, dont les exemples sont légion ; la montée des fonds privés de pension (par capitalisation) en place de systèmes publics de retraite par répartition en repli, les assurances privées promettant de prendre le relais de l'assurance maladie publique dont le périmètre et le taux de couverture sont revus en baisse, l'essor des cliniques privées en marge ou même au sein d'un hôpital public privé de moyens, celui des établissements scolaires privés accueillant des élèves fuyant la dégradation du service public d'enseignement, sont autant d'exemples allant dans le même sens.</p> <p class="spip">Entre ces deux objectifs, il existe un rapport évident. Comme il serait politiquement difficile voire dangereux de déclarer par exemple que l'on va purement et simplement supprimer l'école publique et l'hôpital public pour les remplacer par des écoles et des cliniques privées ou encore que l'on va abolir l'assurance maladie ou l'assurance vieillesse pour leur substituer des assurances privées que chacun et chacune ne pourra payer que dans la mesure des ses moyens monétaires, la manœuvre consiste depuis des lustres à asphyxier financièrement les administrations publiques pour provoquer la dégradation des prestations qu'elles assurent au public, faire ainsi le lit de leurs concurrents privés et ouvrir la voie aux privatisations intégrales tant exigées par les idéologues néolibéraux.</p> <p class="spip"><strong class="spip">4. Les deux contributions des politiques néolibérales à l'aggravation de l'exploitation de la force de travail</strong> qui viennent d'être détaillées font partie d'un ensemble d'une grande cohérence, et dans sa conception et dans son exécution, et elles ont donc été mises en œuvre simultanément. D'une phase à l'autre de leur exécution, l'une aura prévalu sur l'autre cependant, en France du moins.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1013 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/chomage.jpg' width="600" height="313" />
</span></p> <p class="spip">Dans un premier temps, en gros durant les deux dernières décennies du siècle passé, c'est leur contribution à la dégradation directe des conditions d'emploi, de travail et de rémunération qui aura prévalu. Durant cette phase, abandonnant ou sacrifiant l'héritage des politiques économiques et sociales naguère pratiquées dans le cadre du compromis fordiste, les gouvernants successifs, soi-disant de gauche ou réellement de droite, laissent filer le chômage et la précarité, par exemple par l'instauration de formes successives de soi-disant « emplois aidés » qui sont autant de mises à disposition quasi gratuites de la force de travail aux employeurs (cf. la création des « travaux d'utilité collective », les TUC, en octobre 1984). Ils instaurent la désindexation des salaires (directs) sur les prix et la productivité (suppression de l'échelle mobile des salaires en juin 1982). Ils commencent à détricoter le droit du travail (par exemple en supprimant l'autorisation administrative préalable pour les licenciements en juillet 1986). Et ils réduisent considérablement les conditions antérieurement « généreuses » d'indemnisation de l'emploi en termes de rémunération et de durée, conduisant à l'instauration de l'allocation spécifique de solidarité (mars 1984) et du revenu minimum d'insertion (décembre 1988). Évidemment, dès ce moment, l'offensive néolibérale se déroule aussi sur l'autre front, celui des conditions socialisées de reproduction de la force sociale de travail : c'est l'instauration d'un forfait hospitalier en janvier 1983 ; ce sont les premières mesures de déremboursement des médicaments dans le cadre du plan Séguin de « maîtrise des dépenses de santé » (décembre 1986 – janvier 1987) ; c'est la première « réforme » des retraites imposée par le gouvernement Balladur en juillet 1993 allongeant la durée de cotisation et dégradant le niveau de la pension versée. Mais, dans l'ensemble, le premier volet l'emporte sur le second durant cette première phase.</p> <p class="spip"><span class='spip_document_1014 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/BVache.jpg' width="550" height="381" />
</span></p> <p class="spip">Ce sera l'inverse durant la phase suivante qui couvre les deux premières décennies du présent siècle. Sans doute, la dégradation des conditions d'emploi, de travail et de rémunération ne disparaît-elle pas alors de l'agenda des politiques néolibérales : la succession des dites « lois travail » au cours de ces toutes dernières années, de la loi El Khomry (août 2016) jusqu'à la récente « réforme » du Code du travail adoptée au pas de charge (septembre 2017), en témoigne, entre autres. Mais cette phase va être dominée par le lancinant problème de la maîtrise de l'endettement public. Constamment aggravé par la politique d'allégements des impôts et des cotisations sociales (dont bénéficient essentiellement le capital, les titulaires de hauts revenus et les détenteurs de grandes fortunes) pratiquée dès le début des années 2000, cet endettement va brutalement bondir à l'occasion de la crise financière dite des subprime de 2007-2008, sous la conjugaison du sauvetage massif du capital financier failli ou en passe de l'être, des plans de relance destiné à contenir la dépression économique générale et le déficit de recettes entraîné par cette dernière [8]. Dès lors, sous prétexte de réduire un endettement public qui résulte pourtant avant tout de l'injustice fiscale au profit du capital et des possédants et de la socialisation d'un endettement privé en gros occasionné par les mêmes, et en tirant argument de la nécessité de réduire son insoutenable fardeau, l'obsession de nos gouvernants va être de réduire les dépenses publiques en amplifiant et accélérant le démantèlement des équipements et services collectifs que ces dépenses financent. Le tout au grand dam des couches populaires frappées ainsi d'une double peine : dûment mises à contribution par l'alourdissement de la fiscalité indirecte et de la part de la fiscalité directe portant sur le travail, ils voient quotidiennement se dégrader des services et des équipements, qui font partie des conditions immédiates et, pour partie, indispensables d'existence de leurs membres, surtout les plus démunis.</p> <p class="spip"><strong class="spip">5. Replacée dans ce contexte, la révolte des « gilets jaunes » se comprend mieux, y compris dans le fait qu'elle a principalement ciblé l'État</strong>, notamment dans sa dimension fiscale. Le choix de cette cible n'en fait pas un mouvement « poujadiste » ou « consumériste » comme on s'est plu à la dire et à le répéter, pas plus qu'il ne place cette révolte en dehors de lutte anticapitaliste. Au contraire, il identifie l'un des deux moments (moyens, procédés, axes) principaux du procès global d'aggravation de l'exploitation de la force sociale de travail par le capital auquel contribuent les politiques néolibérales. Il désigne les finances publiques, tant dans leur volet recettes que dans leur volet dépenses, comme l'un des deux principaux enjeux de la lutte des classes aujourd'hui sur le plan économique, l'autre restant bien entendu le partage de « valeur ajoutée » entre profits et salaires tel qu'il résulte de l'affrontement direct entre travail et capital au sein du procès de production même. Il fait de l'inflexion de ces politiques, dans le sens d'une mise à contribution du capital et de ses ayants droit à la hauteur véritable de leurs facultés en la matière [9] et d'une priorité donnée à la satisfaction des besoins sociaux les plus élémentaires des classes populaires (en termes d'éducation, de santé, de logement, de culture, de loisirs), un objectif essentiel de toute politique visant à unifier ces classes dans une perspective anticapitaliste.</p> <p class="spip">Sans doute la conscience de la nature politique et de la portée globale de cet enjeu n'est-elle encore que partielle au sein du mouvement des « gilets jaunes », bien qu'elle ait considérablement mûri depuis les premières revendications de ce dernier limitées à la question de la taxation des carburants. L'articulation de cet enjeu avec l'autre, celui qui est au cœur de l'affrontement quotidien sur les lieux de production, sur les chantiers, dans les ateliers et les bureaux, laisse lui aussi encore à nettement à désirer, bien que l'exigence d'une augmentation générale du pouvoir d'achat ait fait son apparition dans les plates-formes revendicatives. Cela rend d'autant plus nécessaire et urgente l'intervention au sein du mouvement des « gilets jaunes » des organisations syndicales et politiques anticapitalistes, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ces colonnes [10]. Car ce n'est que de la sorte que pourront être écartées et finalement brisées les deux mâchoires de la tenaille capitaliste, le patronat et l'État. (8 décembre 2018)</p> <hr class="spip" /> <p class="spip">[1] Pour une analyse détaillée de la mise en œuvre des politiques néolibérales en tant que réponse à la crise du fordisme, cf. l'article « Crise » dans La novlangue néolibérale, 2e édition, Page 2 & Syllepse, 2017.</p> <p class="spip">[2] Pour une présentation de ce nouveau paradigme productif, cf. La novlangue néolibérale, op. cit., pages 169-173.</p> <p class="spip">[3] Le Capital, Livre I, Chapitre XXV.</p> <p class="spip">[4] Soi-disant parce que, comme Marx l'a montré, les dés sont pipés en l'occurrence. Sur le marché du travail, loin que l'offre et la demande de travail soient deux facteurs indépendants de l'un de l'autre, ils sont l'un et l'autre commandés par le capital, qui est maître de l'offre d'emplois tout comme il détermine largement la demande d'emplois par le biais de « surpopulation relative » qu'il engendre dans le cours de son procès de reproduction.</p> <p class="spip">[5] Le Capital, Livre I, Chapitre XII.</p> <p class="spip">[6] Cf. par exemple Delphine Roy, « Le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010 », Insee Première, n°1423, Insee, novembre 2012.</p> <p class="spip">[7] A ma connaissance, il n'y a jamais eu une évaluation de la part des finances publiques (recettes et dépenses) entrant dans la composition de la valeur de la force sociale de travail.</p> <p class="spip">[8] Pour le détail, cf. l'article « Dette publique » dans La novlangue néolibérale, op. cit.</p> <p class="spip">[9] Selon les termes de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »</p> <p class="spip">[10] Cf. mon précédent article : « Les “gilets jaunes” : pourquoi et comment en être ? ».</p></div>
		
		
                    [category@term] => Actualité
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                )

            [1] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Alain Bihr : « La mondialisation a permis de donner naissance au capitalisme »
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article909
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article909
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-09-30T12:56:03Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Actualité
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                    [category] => Actualité
                    [description#] => 1
                    [description] => Alain Bihr est un sociologue ayant produit une œuvre importante touchant tant à l'histoire du mouvement ouvrier qu'à celle de l'extrême-droite. Se réclamant du communisme libertaire, ses derniers travaux abordent la question du capitalisme sous un angle socio-historique avec une forte inspiration marxienne. Nous l'avons interrogé à l'occasion de la parution du premier tome de sa colossale histoire de la naissance capitalisme intitulé Le premier âge du capitalisme (1415-1763), Tome 1 : L'expansion (&hellip;)

-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot16" rel="tag">Idées</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton909.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Alain Bihr est un sociologue ayant produit une œuvre importante touchant tant à l'histoire du mouvement ouvrier qu'à celle de l'extrême-droite. Se réclamant du communisme libertaire, ses derniers travaux abordent la question du capitalisme sous un angle socio-historique avec une forte inspiration marxienne. Nous l'avons interrogé à l'occasion de la parution du premier tome de sa colossale histoire de la naissance capitalisme intitulé Le premier âge du capitalisme (1415-1763), Tome 1 : L'expansion européenne, coédité par les éditions Syllepse et les éditions Page 2.</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><a href="http://alencontre.org/" class="spip_out">http://alencontre.org/</a></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Le Comptoir : Pourquoi avoir choisi de débuter votre premier âge du capitalisme en 1415 et de l'achever en 1763 ?</strong></p> <p class="spip">Alain Bihr : Le choix de dates bornant des périodes historiques longues a toujours quelque chose d'arbitraire. Il ne peut se justifier que comme motif illustratif d'options théoriques plus profondes. En l'occurrence, celui de 1415 est en rapport avec la thèse centrale de l'ouvrage : c'est l'expansion par laquelle l'Europe occidentale commence à se saisir des continents américain, africain et asiatique, qui aura permis le parachèvement des rapports capitalistes de production, marquant le premier âge du capitalisme. Or c'est en 1415 que les Portugais, qui auront été les premiers à se lancer dans cette aventure, s'emparent de Ceuta : ils entament ainsi leur lente descente le long des côtes occidentales de l'Afrique, qui va leur permettre, à la fin du XVe siècle, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, de déboucher dans l'océan Indien, dans lequel ils vont rapidement conquérir un immense empire commercial, en en évinçant de force les marchands-navigateurs arabes, indiens et malais qui y occupaient jusqu'alors une position prédominante. On peut donc considérer cette date comme l'inauguration de l'expansion européenne outre-mer.</p> <p class="spip">Le choix d'une date de fin de la période aura été plus délicat. Il s'appuie sur une autre thèse centrale de mon ouvrage : le point culminant du processus de parachèvement des rapports capitalistes de production gît dans la lutte engagée entre les principales puissances européennes pour la prédominance en Europe occidentale et dans le premier monde capitaliste dont cette dernière constitue le centre. Or en 1763 s'achève la guerre de Sept Ans, durant laquelle la Grande-Bretagne a confirmé sa constante supériorité navale et au terme de laquelle elle inflige une lourde défaite à la France, en lui faisant perdre sa colonie québécoise et en réduisant à presque rien son implantation commerciale aux Indes. Venant après le double échec de Louis XIV lors de la guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697) et de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), échec auquel la Grande-Bretagne a pris à chaque fois une part décisive, cette nouvelle victoire signe la position hégémonique qu'elle a acquise en Europe et qu'elle maintiendra pendant près d'un siècle et demi, notamment face aux entreprises napoléoniennes.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Il y a de nombreux débats autour de la naissance du capitalisme. Braudel le fait remonter au Moyen Âge où il voit un début de capitalisme commercial, tandis que son disciple Le Goff explique que l'on ne peut parler de capitalisme durant tout le Moyen Âge notamment en raison de certaines limitations par l'Église catholique et l'absence réelle d'argent. Quel est votre avis à ce sujet ?</strong></p> <p class="spip">Mon avis est que ni Braudel ni Le Goff ne savent de quoi il s'agit quand ils parlent de capitalisme. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls : l'immense majorité de ceux qui utilisent ce terme n'en comprend pas véritablement le sens, faute d'avoir lu ou compris Marx. Pour ce dernier, le capitalisme est un mode de production, c'est-à-dire un type de société globale, de totalité sociale, qui se développe sur la base de rapports de production déterminés, en donnant naissance à des formes de société civile et des institutions juridiques, administratives, politiques, ainsi qu'à des formes de conscience (morales, religieuses, philosophiques) originales parce qu'appropriées à ces rapports de production. Par conséquent, parler de capitalisme commercial, ou financier ou industriel est dépourvu de sens : le capital se décompose certes en fractions industrielle, commerciale et financière mais certainement pas le capitalisme. Et se demander si on peut ou non parler de capitalisme en plein cœur d'un Moyen Âge européen féodal est de même une absurdité.</p> <p class="spip">Ce qu'on est susceptible d'y trouver, c'est un capital marchand (commercial et usuraire) déjà puissant, prenant appui sur des villes et des réseaux de villes (l'exemple type en est la Ligue hanséatique), se valorisant et s'accumulant en contrôlant le commerce lointain, sur le continent européen et entre l'Europe et l'Orient (proche ou lointain) mais maîtrisant aussi les échanges proches (entre villes et campagnes) et commençant, dans ce cadre, à déborder du procès de circulation vers le procès de production sous forme du travail en commandite, instrumentalisant le travail à domicile de paysans (par exemple le filage et le tissage) ou d'artisans échappant aux réglementations corporatives (par exemple dans les mines et la métallurgie rurale). Et, sur cette base, on assiste à la formation d'une proto-bourgeoisie marchande entretenant des rapports complexes avec les seigneurs féodaux, laïcs ou religieux, qui constituent l'ordre dominant, rapports faits selon les circonstances d'alliances et de compromis, de rivalités et de conflits. En un mot, des archipels capitalistes dans un océan féodal.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Vous dites que la mondialisation n'est pas l'aboutissement du capitalisme mais bien son origine. Pouvez-vous expliciter cette proposition ?</strong></p> <p class="spip">Pour partir de la métaphore que je viens d'utiliser, la question qui se pose est la suivante : comment ces archipels capitalistes sont-ils parvenus à s'emparer de l'océan féodal, en y évinçant les propriétaires fonciers féodaux de leur position dominante et en le transformant de fond en comble pour en faire leur domaine propre et en y donnant naissance à un monde capitaliste, en un mot : au mode capitaliste de production ? Vieille question du passage du féodalisme au capitalisme qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. L'hypothèse directrice qui est la mienne dans cet ouvrage est qu'il a fallu le détour de l'expansion européenne, conduite par des capitalistes marchands avec l'appui d'appareils d'États, pour que cette transition puisse s'accomplir. C'est en ce sens que je soutiens que la mondialisation (l'intégration tendancielle de la planète et de l'humanité dans un même réseau de rapports économiques et politiques) a permis de donner naissance au capitalisme. Un processus qui n'est d'ailleurs pas achevé et qui se poursuit de nos jours encore. En somme, l'histoire du capitalisme se confond en un sens avec celle du processus qui lui a donné naissance et qu'il n'a cessé depuis lors de poursuivre, en l'élargissant et en l'approfondissant.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Un paradigme fort aujourd'hui, notamment autour des global histories, explique que la mondialisation ne date pas d'hier. Et, si vous êtes d'accord avec cela, vous tenez cependant à noter la spécificité de la mondialisation telle qu'elle se produit en Europe/Occident. Quelle est-elle et qu'est-ce qui permet de la distinguer des autres périodes et contextes historiques qui ont vu la présence voire l'accroissement d'échanges internationaux ?</strong></p> <p class="spip">Comme autour du terme de capitalisme, il règne une grande confusion autour de celui de mondialisation, que les études, par ailleurs très différentes entre elles, se revendiquant de la global history n'ont pas permis de dissiper, au contraire.</p> <p class="spip">Les modes de production précapitalistes ont pu donner naissance à des mondes, au sens d'espaces plus ou moins vastes, comprenant des formations sociales diverses, intégrés par des échanges marchands, la subordination (à des degrés divers et sous des formes multiples) à un même pouvoir politique et des osmoses culturelles. En ce sens, l'Empire romain a constitué un monde centré sur la Méditerranée, tout comme l'Empire chinois dès les Han et plus encore à partir des Tang. Mais aucun de ces mondes n'a eu une dimension planétaire, ni actuelle ni potentielle. Alors que ce qui s'inaugure et s'esquisse à travers l'expansion européenne à la fois commerciale et coloniale qui se produit à partir du XVe siècle, c'est bien un processus qui, à travers l'interconnexion des continents européens, américains, africains et asiatiques et la division du travail qui s'esquisse dès lors entre eux, va donner finalement naissance à un seul et même monde de dimension planétaire centré sur l'Europe. C'est là quelque chose qui ne s'était jamais produit auparavant dans l'histoire de l'humanité et qui marque le franchissement d'un seuil irréversible dans le cours de cette dernière.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Un concept clé de votre ouvrage est celui de« devenir-monde du capitalisme ». Que signifie-t-il ?
</strong></p> <p class="spip">J'utilise cette expression, d'apparence inélégante et pédante, pour éviter précisément les confusions liées au terme de mondialisation. Elle désigne le processus historique (donc pluriséculaire) par lequel le capitalisme envahit et soumet l'humanité et la planète entières, en les incluant dans un même monde, et, par le même mouvement, se constitue comme tel, c'est-à-dire comme un mode de production spécifique. En fait, comme je l'indique dans l'introduction générale à l'ouvrage par lequel j'ai entamé son analyse (La préhistoire du capital, Éditions Page 2, Lausanne, 2006, ouvrage disponible sur le site le site Les classiques des sciences sociales de l'UQAC, Université du Québec), le devenir-monde du capitalisme n'est que l'une des deux dimensions fondamentales de la formation du mode de production capitalisme, l'autre étant ce que j'appelle le devenir-capitalisme du monde : le processus non moins historique par lequel les rapports capitalistes de production soumettent tous les domaines et niveaux de l'activité sociale (tous les rapports sociaux et toutes les pratiques sociales), en bouleversant (en détruisant, marginalisant, intégrant en le transformant) tout le legs historique antérieur tout en faisant aussi émerger de réalités sociales originales, inconnues de l'humanité jusqu'alors. En somme, le processus par lequel les rapports capitalistes de production s'approprient toute l'étendue et la profondeur de l'existence humaine pour façonner un monde spécifique, celui du mode de production capitaliste. Si bien que ce dernier résulte à la fois d'un devenir-monde du capitalisme et d'un devenir-capitalisme du monde.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Pourquoi avoir tenté d'expliquer l'évolution du capitalisme en mettant la focale sur des critères “socio-géo-politiques” (expansions coloniales et commerciales, rapports entre centre, semi-périphérie et périphérie, etc.), et non, par exemple, sur l'évolution de la technique et de la science, sans laquelle il n'y aurait jamais eu de capitalisme ni même sans doute de colonisation ? Par exemple, selon Edward P. Thompson, la naissance du capitalisme a été en grande partie permise par l'invention de l'horlogerie et la rationalisation du temps qu'elle a permise et qui influencera grandement le rapport au travail.</strong></p> <p class="spip">Si la technique dispose, comme toute pratique sociale, d'une autonomie relative, je crois que c'est une erreur d'en faire un deus ex machina et le moteur de l'histoire, comme l'a longtemps fait un certain marxisme que semble ici prolonger Thompson. Si primauté doit être accordée à un facteur explicatif, c'est aux rapports de production dans leur ensemble et non pas à la technique, qui n'en est au mieux qu'un élément : ce sont ces rapports qui expliquent pourquoi et comment les techniques se développent ou non. Vous dites que, selon Thompson, c'est l'invention de l'horlogerie qui a rendu possible la rationalisation du temps et ainsi permis la formation des rapports capitalistes de production. Mais, avant de se demander ce qui a rendu possible la rationalisation du temps, il faut se demander ce qui l'a rendu nécessaire. Pourquoi mesurer le temps et faire de cette mesure une dimension clef du procès social de travail ? Parce que le capital est une « valeur en procès » comme le dit aussi Marx : une valeur (sous la forme autonomisée de monnaie) qui cherche à se valoriser (à conserver sa qualité et à accroître sa quantité) en faisant produire et circuler des marchandises ; et que la valeur n'est elle-même que la forme fétichiste prise par le travail social dans les conditions de sa division marchande qu'imposent les rapports capitalistes de production ; si bien qu'une certaine quantité de valeur n'est jamais mesurée que par une certaine quantité de travail (abstrait), dont les différents facteurs sont le nombre des travailleurs, la durée de leur travail, l'intensité de celui-ci, etc. Autrement dit, c'est parce que les rapports capitalistes de production font de la durée du travail un des facteurs clés de la valorisation du capital qu'il est impératif de mesurer le temps. Et c'est cet impératif qui explique les recherches entreprises pour constituer des appareils capables de mesurer le plus exactement possible le temps : des horloges et des montres.</p> <p class="spip">Si le progrès technique pouvait expliquer la naissance du capitalisme, alors celui-ci n'aurait dû apparaître non pas en Europe occidentale mais en Chine et bien avant. Car la Chine a été le siège de l'invention et la diffusion d'instruments et de procédés techniques qui ont précédé de siècles et quelquefois de deux millénaires leur réinvention ou diffusion en Europe occidentale, comme l'a mis en évidence l'œuvre monumentale entreprise par l'historien britannique Joseph Needham. Or, ça n'a pas été le cas. Ce qui d'ailleurs continue à poser problème à tous ceux, et ils continuent à être nombreux, qui raisonnent dans vos termes – cf. la dernière tentative en ce sens menée par Kenneth Pomeranz (auteur de Une grande divergence : La Chine, l'Europe et la construction de l'économie mondiale, 2010). Alors qu'en accordant la primauté aux rapports sociaux de production, on ouvre une perspective autrement féconde comme j'ai tenté de le faire dans le chapitre que je consacre à la Chine dans le troisième tome de mon ouvrage.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Qu'est-ce qui distingue votre colossal travail de recherche d'autres tentatives d'analyser le développement du capitalisme dans le monde et sur la longue durée (Wallerstein, Braudel…) ?</strong></p> <p class="spip">Je me suis principalement efforcé de traiter la matière historique à partir d'un certain nombre de concepts clairement définis et maîtrisés. En commençant par ceux de capital, de rapports capitalistes de production, de reproduction des rapports capitalistes de production, de rapports de classes, de différence entre structures d'ordre et structure de classes, d'État et de bloc au pouvoir, de système d'États, etc. Ce que je reproche à Wallerstein et plus encore à Braudel, c'est leur faiblesse conceptuelle : la pauvreté et la fragilité de leur appareillage conceptuel. Je montre en particulier que ni l'un ni l'autre ne maîtrisent non seulement le concept de capitalisme mais même celui de capital ; qu'en particulier, ils ne saisissent pas la différence entre capital marchand et capital industriel, ni le saut qualitatif qui s'opère dans la dynamique capitaliste lorsqu'on passe d'un capital qui se valorise exclusivement par le jeu des échanges de marchandise et d'argent à un capital qui se valorise en prenant en charge le procès de production, avec toutes ses implications géographiques, sociales, politiques, culturelles, etc. De ce fait, ils stérilisent souvent eux-mêmes leurs quelques idées-forces ; par exemple, chez Wallerstein, le découpage du monde capitaliste entre un centre, des semi-périphéries et des périphéries, etc.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Quelles ont été les résistances durant ces trois siècles face au développement de ce que vous nommez « protocapitalisme » ?</strong></p> <p class="spip">Il m'est difficile de répondre brièvement à cette question. Dans la mesure où ce premier âge du capitalisme (que je désigne en effet souvent par le terme de protocapitalisme) marque la dernière phase de la transition du féodalisme au capitalisme en Europe occidentale, on peut dire que s'y constituent des facteurs de résistance tout ce qui relève du féodalisme. Les facteurs objectifs de résistance sont ainsi innombrables : c'est toute l'épaisseur des structures féodales qui est en jeu et qu'il va falloir bouleverser pour que le capitalisme puisse advenir. Quant aux facteurs subjectifs, ils sont représentés par les groupes sociaux qui ont tout à perdre à ce bouleversement. On en trouve parmi “ceux d'en haut” : c'est la partie de la noblesse qui ne peut pas ou ne veut pas transformer ses modes d'exploitation et de domination de la paysannerie pour les adapter au développement de l'économie marchande et monétaire dominée par le capital marchand. Mais on en trouve aussi et surtout parmi “ceux d'en bas” : dans le gros de la paysannerie menacée d'expropriation de ses tenures pour rejoindre les rangs du protoprolétariat en formation.</p> <p class="spip">Mais la situation dans les formations centrales (ouest-européennes) est en fait plus complexe. Car, parmi ceux qui ont intérêt au parachèvement des rapports capitalistes de production et qui en constituent le fer de lance, il n'est pas rare qu'il s'en trouve qui, simultanément et contradictoirement, redoutent de faire les frais du processus, cherchent à le freiner ou à l'engager dans des détours et des chemins de traverse. C'est particulièrement visible lors des épisodes de révolution bourgeoise qui se produisent durant cette période (dans les anciens Pays-Bas en révolte contre la couronne espagnole, dans l'Angleterre des Stuart, lors de la Fronde en France) où une partie de la bourgeoisie marchande finit par prendre des positions contre-révolutionnaires parce que ses intérêts (commerciaux, financiers, institutionnels, etc.) immédiats la rendent finalement solidaire de l'État monarchique qu'il s'agit d'abattre.</p> <p class="spip">Quant à ce qui se passe dans les périphéries coloniales et commerciales de l'Europe occidentale, les principales résistances viendront des populations indigènes qui en sont les victimes toutes désignées et des pouvoirs politiques préexistants qui n'entendent pas se laisser détruire ou instrumentaliser par les Européens.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Quel est selon vous le rôle qu'a joué l'État moderne dans ces prémisses du capitalisme ?</strong></p> <p class="spip">Comme toute la période protocapitaliste, l'État moderne qui y voit le jour est une sorte de Janus. À l'instar de ce dieu romain, il possède une double face, l'une tournée vers le passé féodal qu'il contribue à conserver, l'autre regardant vers l'avenir capitaliste dont il favorise l'avènement. En fait, l'importance relative de ses deux faces va dépendre des rapports de force entre la noblesse (plus exactement, sa couche supérieure, l'aristocratie nobiliaire) et la bourgeoisie (plus exactement la grande bourgeoisie marchande) dont il est l'institutionnalisation. Là où la première est largement prédominante, l'État (alors féodalo-monarchique) est tout entier au service de ses intérêts fonciers et de ses privilèges juridiques et fiscaux traditionnels, bridant le développement de la bourgeoisie protonationale, jusqu'au point de stériliser tous les facteurs potentiels de parachèvement des rapports capitalistes de production qui peuvent y voir le jour : l'Espagne habsbourgeoise en est l'exemple typique aux XVIe et XVIIe siècles, en se trouvant ainsi incapable de tirer bénéfice des immenses richesses qu'elle extrait de ses colonies américaines et philippines pour promouvoir un développement protocapitaliste autocentré. Là où, au contraire, c'est la bourgeoisie marchande qui l'emporte, généralement au terme d'une rupture révolutionnaire plus ou moins importante avec l'ancien ordre féodal, on a affaire à un État qui, par ses politiques fiscales, commerciales, diplomatiques et militaires, se met entièrement à son service : le principal exemple en est celui des Provinces-Unies nées de la révolte des Anciens Pays-Bas contre l'Espagne habsbourgeoise, dont le régime républicain va dominer le XVIIe siècle européen. Entre ces deux pôles extrêmes se situe tout un dégradé de positions occupées par des États monarchiques tendant à l'absolutisme, précisément du fait qu'ils sont en proie aux conflits et aux compromis à la fois entre l'aristocratie nobiliaire et la grande bourgeoisie marchande. L'Angleterre des Tudor puis des Stuart tout comme la France des derniers Valois puis des Bourbon en constituent de bons exemples, l'évolution des rapports de force entre ces deux groupes expliquant en définitive tant leur histoire politique respective que la tournure prise par la lutte qui s'engage entre elles à partir de la fin du XVIIe siècle pour la prédominance en Europe. (Entretien avec Alain Bihr publié le 20 septembre sur le site Le Comptoir)</p> <p class="spip">*****</p> <p class="spip">La lecture de cet entretien ne constitue pas un résumé de l'ouvrage. Au contraire, elle devrait susciter sa lecture à la fois par les questions posées et les réponses données fournies par Alain Bihr.</p> <p class="spip">Cet ouvrage est disponible dans les « bonnes librairies » de Suisse française et en France. Si les lectrices et lecteurs ne le trouvent pas, ils peuvent s'adresser aux editions@page2.ch pour la Suisse et aux edition@syllepse.net pour la France.</p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Alain Bihr est un sociologue ayant produit une œuvre importante touchant tant à l'histoire du mouvement ouvrier qu'à celle de l'extrême-droite. Se réclamant du communisme libertaire, ses derniers travaux abordent la question du capitalisme sous un angle socio-historique avec une forte inspiration marxienne. Nous l'avons interrogé à l'occasion de la parution du premier tome de sa colossale histoire de la naissance capitalisme intitulé Le premier âge du capitalisme (1415-1763), Tome 1 : L'expansion (&hellip;)

-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot16" rel="tag">Idées</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton909.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Alain Bihr est un sociologue ayant produit une œuvre importante touchant tant à l'histoire du mouvement ouvrier qu'à celle de l'extrême-droite. Se réclamant du communisme libertaire, ses derniers travaux abordent la question du capitalisme sous un angle socio-historique avec une forte inspiration marxienne. Nous l'avons interrogé à l'occasion de la parution du premier tome de sa colossale histoire de la naissance capitalisme intitulé Le premier âge du capitalisme (1415-1763), Tome 1 : L'expansion européenne, coédité par les éditions Syllepse et les éditions Page 2.</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><a href="http://alencontre.org/" class="spip_out">http://alencontre.org/</a></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Le Comptoir : Pourquoi avoir choisi de débuter votre premier âge du capitalisme en 1415 et de l'achever en 1763 ?</strong></p> <p class="spip">Alain Bihr : Le choix de dates bornant des périodes historiques longues a toujours quelque chose d'arbitraire. Il ne peut se justifier que comme motif illustratif d'options théoriques plus profondes. En l'occurrence, celui de 1415 est en rapport avec la thèse centrale de l'ouvrage : c'est l'expansion par laquelle l'Europe occidentale commence à se saisir des continents américain, africain et asiatique, qui aura permis le parachèvement des rapports capitalistes de production, marquant le premier âge du capitalisme. Or c'est en 1415 que les Portugais, qui auront été les premiers à se lancer dans cette aventure, s'emparent de Ceuta : ils entament ainsi leur lente descente le long des côtes occidentales de l'Afrique, qui va leur permettre, à la fin du XVe siècle, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, de déboucher dans l'océan Indien, dans lequel ils vont rapidement conquérir un immense empire commercial, en en évinçant de force les marchands-navigateurs arabes, indiens et malais qui y occupaient jusqu'alors une position prédominante. On peut donc considérer cette date comme l'inauguration de l'expansion européenne outre-mer.</p> <p class="spip">Le choix d'une date de fin de la période aura été plus délicat. Il s'appuie sur une autre thèse centrale de mon ouvrage : le point culminant du processus de parachèvement des rapports capitalistes de production gît dans la lutte engagée entre les principales puissances européennes pour la prédominance en Europe occidentale et dans le premier monde capitaliste dont cette dernière constitue le centre. Or en 1763 s'achève la guerre de Sept Ans, durant laquelle la Grande-Bretagne a confirmé sa constante supériorité navale et au terme de laquelle elle inflige une lourde défaite à la France, en lui faisant perdre sa colonie québécoise et en réduisant à presque rien son implantation commerciale aux Indes. Venant après le double échec de Louis XIV lors de la guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697) et de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), échec auquel la Grande-Bretagne a pris à chaque fois une part décisive, cette nouvelle victoire signe la position hégémonique qu'elle a acquise en Europe et qu'elle maintiendra pendant près d'un siècle et demi, notamment face aux entreprises napoléoniennes.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Il y a de nombreux débats autour de la naissance du capitalisme. Braudel le fait remonter au Moyen Âge où il voit un début de capitalisme commercial, tandis que son disciple Le Goff explique que l'on ne peut parler de capitalisme durant tout le Moyen Âge notamment en raison de certaines limitations par l'Église catholique et l'absence réelle d'argent. Quel est votre avis à ce sujet ?</strong></p> <p class="spip">Mon avis est que ni Braudel ni Le Goff ne savent de quoi il s'agit quand ils parlent de capitalisme. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls : l'immense majorité de ceux qui utilisent ce terme n'en comprend pas véritablement le sens, faute d'avoir lu ou compris Marx. Pour ce dernier, le capitalisme est un mode de production, c'est-à-dire un type de société globale, de totalité sociale, qui se développe sur la base de rapports de production déterminés, en donnant naissance à des formes de société civile et des institutions juridiques, administratives, politiques, ainsi qu'à des formes de conscience (morales, religieuses, philosophiques) originales parce qu'appropriées à ces rapports de production. Par conséquent, parler de capitalisme commercial, ou financier ou industriel est dépourvu de sens : le capital se décompose certes en fractions industrielle, commerciale et financière mais certainement pas le capitalisme. Et se demander si on peut ou non parler de capitalisme en plein cœur d'un Moyen Âge européen féodal est de même une absurdité.</p> <p class="spip">Ce qu'on est susceptible d'y trouver, c'est un capital marchand (commercial et usuraire) déjà puissant, prenant appui sur des villes et des réseaux de villes (l'exemple type en est la Ligue hanséatique), se valorisant et s'accumulant en contrôlant le commerce lointain, sur le continent européen et entre l'Europe et l'Orient (proche ou lointain) mais maîtrisant aussi les échanges proches (entre villes et campagnes) et commençant, dans ce cadre, à déborder du procès de circulation vers le procès de production sous forme du travail en commandite, instrumentalisant le travail à domicile de paysans (par exemple le filage et le tissage) ou d'artisans échappant aux réglementations corporatives (par exemple dans les mines et la métallurgie rurale). Et, sur cette base, on assiste à la formation d'une proto-bourgeoisie marchande entretenant des rapports complexes avec les seigneurs féodaux, laïcs ou religieux, qui constituent l'ordre dominant, rapports faits selon les circonstances d'alliances et de compromis, de rivalités et de conflits. En un mot, des archipels capitalistes dans un océan féodal.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Vous dites que la mondialisation n'est pas l'aboutissement du capitalisme mais bien son origine. Pouvez-vous expliciter cette proposition ?</strong></p> <p class="spip">Pour partir de la métaphore que je viens d'utiliser, la question qui se pose est la suivante : comment ces archipels capitalistes sont-ils parvenus à s'emparer de l'océan féodal, en y évinçant les propriétaires fonciers féodaux de leur position dominante et en le transformant de fond en comble pour en faire leur domaine propre et en y donnant naissance à un monde capitaliste, en un mot : au mode capitaliste de production ? Vieille question du passage du féodalisme au capitalisme qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. L'hypothèse directrice qui est la mienne dans cet ouvrage est qu'il a fallu le détour de l'expansion européenne, conduite par des capitalistes marchands avec l'appui d'appareils d'États, pour que cette transition puisse s'accomplir. C'est en ce sens que je soutiens que la mondialisation (l'intégration tendancielle de la planète et de l'humanité dans un même réseau de rapports économiques et politiques) a permis de donner naissance au capitalisme. Un processus qui n'est d'ailleurs pas achevé et qui se poursuit de nos jours encore. En somme, l'histoire du capitalisme se confond en un sens avec celle du processus qui lui a donné naissance et qu'il n'a cessé depuis lors de poursuivre, en l'élargissant et en l'approfondissant.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Un paradigme fort aujourd'hui, notamment autour des global histories, explique que la mondialisation ne date pas d'hier. Et, si vous êtes d'accord avec cela, vous tenez cependant à noter la spécificité de la mondialisation telle qu'elle se produit en Europe/Occident. Quelle est-elle et qu'est-ce qui permet de la distinguer des autres périodes et contextes historiques qui ont vu la présence voire l'accroissement d'échanges internationaux ?</strong></p> <p class="spip">Comme autour du terme de capitalisme, il règne une grande confusion autour de celui de mondialisation, que les études, par ailleurs très différentes entre elles, se revendiquant de la global history n'ont pas permis de dissiper, au contraire.</p> <p class="spip">Les modes de production précapitalistes ont pu donner naissance à des mondes, au sens d'espaces plus ou moins vastes, comprenant des formations sociales diverses, intégrés par des échanges marchands, la subordination (à des degrés divers et sous des formes multiples) à un même pouvoir politique et des osmoses culturelles. En ce sens, l'Empire romain a constitué un monde centré sur la Méditerranée, tout comme l'Empire chinois dès les Han et plus encore à partir des Tang. Mais aucun de ces mondes n'a eu une dimension planétaire, ni actuelle ni potentielle. Alors que ce qui s'inaugure et s'esquisse à travers l'expansion européenne à la fois commerciale et coloniale qui se produit à partir du XVe siècle, c'est bien un processus qui, à travers l'interconnexion des continents européens, américains, africains et asiatiques et la division du travail qui s'esquisse dès lors entre eux, va donner finalement naissance à un seul et même monde de dimension planétaire centré sur l'Europe. C'est là quelque chose qui ne s'était jamais produit auparavant dans l'histoire de l'humanité et qui marque le franchissement d'un seuil irréversible dans le cours de cette dernière.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Un concept clé de votre ouvrage est celui de« devenir-monde du capitalisme ». Que signifie-t-il ?
</strong></p> <p class="spip">J'utilise cette expression, d'apparence inélégante et pédante, pour éviter précisément les confusions liées au terme de mondialisation. Elle désigne le processus historique (donc pluriséculaire) par lequel le capitalisme envahit et soumet l'humanité et la planète entières, en les incluant dans un même monde, et, par le même mouvement, se constitue comme tel, c'est-à-dire comme un mode de production spécifique. En fait, comme je l'indique dans l'introduction générale à l'ouvrage par lequel j'ai entamé son analyse (La préhistoire du capital, Éditions Page 2, Lausanne, 2006, ouvrage disponible sur le site le site Les classiques des sciences sociales de l'UQAC, Université du Québec), le devenir-monde du capitalisme n'est que l'une des deux dimensions fondamentales de la formation du mode de production capitalisme, l'autre étant ce que j'appelle le devenir-capitalisme du monde : le processus non moins historique par lequel les rapports capitalistes de production soumettent tous les domaines et niveaux de l'activité sociale (tous les rapports sociaux et toutes les pratiques sociales), en bouleversant (en détruisant, marginalisant, intégrant en le transformant) tout le legs historique antérieur tout en faisant aussi émerger de réalités sociales originales, inconnues de l'humanité jusqu'alors. En somme, le processus par lequel les rapports capitalistes de production s'approprient toute l'étendue et la profondeur de l'existence humaine pour façonner un monde spécifique, celui du mode de production capitaliste. Si bien que ce dernier résulte à la fois d'un devenir-monde du capitalisme et d'un devenir-capitalisme du monde.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Pourquoi avoir tenté d'expliquer l'évolution du capitalisme en mettant la focale sur des critères “socio-géo-politiques” (expansions coloniales et commerciales, rapports entre centre, semi-périphérie et périphérie, etc.), et non, par exemple, sur l'évolution de la technique et de la science, sans laquelle il n'y aurait jamais eu de capitalisme ni même sans doute de colonisation ? Par exemple, selon Edward P. Thompson, la naissance du capitalisme a été en grande partie permise par l'invention de l'horlogerie et la rationalisation du temps qu'elle a permise et qui influencera grandement le rapport au travail.</strong></p> <p class="spip">Si la technique dispose, comme toute pratique sociale, d'une autonomie relative, je crois que c'est une erreur d'en faire un deus ex machina et le moteur de l'histoire, comme l'a longtemps fait un certain marxisme que semble ici prolonger Thompson. Si primauté doit être accordée à un facteur explicatif, c'est aux rapports de production dans leur ensemble et non pas à la technique, qui n'en est au mieux qu'un élément : ce sont ces rapports qui expliquent pourquoi et comment les techniques se développent ou non. Vous dites que, selon Thompson, c'est l'invention de l'horlogerie qui a rendu possible la rationalisation du temps et ainsi permis la formation des rapports capitalistes de production. Mais, avant de se demander ce qui a rendu possible la rationalisation du temps, il faut se demander ce qui l'a rendu nécessaire. Pourquoi mesurer le temps et faire de cette mesure une dimension clef du procès social de travail ? Parce que le capital est une « valeur en procès » comme le dit aussi Marx : une valeur (sous la forme autonomisée de monnaie) qui cherche à se valoriser (à conserver sa qualité et à accroître sa quantité) en faisant produire et circuler des marchandises ; et que la valeur n'est elle-même que la forme fétichiste prise par le travail social dans les conditions de sa division marchande qu'imposent les rapports capitalistes de production ; si bien qu'une certaine quantité de valeur n'est jamais mesurée que par une certaine quantité de travail (abstrait), dont les différents facteurs sont le nombre des travailleurs, la durée de leur travail, l'intensité de celui-ci, etc. Autrement dit, c'est parce que les rapports capitalistes de production font de la durée du travail un des facteurs clés de la valorisation du capital qu'il est impératif de mesurer le temps. Et c'est cet impératif qui explique les recherches entreprises pour constituer des appareils capables de mesurer le plus exactement possible le temps : des horloges et des montres.</p> <p class="spip">Si le progrès technique pouvait expliquer la naissance du capitalisme, alors celui-ci n'aurait dû apparaître non pas en Europe occidentale mais en Chine et bien avant. Car la Chine a été le siège de l'invention et la diffusion d'instruments et de procédés techniques qui ont précédé de siècles et quelquefois de deux millénaires leur réinvention ou diffusion en Europe occidentale, comme l'a mis en évidence l'œuvre monumentale entreprise par l'historien britannique Joseph Needham. Or, ça n'a pas été le cas. Ce qui d'ailleurs continue à poser problème à tous ceux, et ils continuent à être nombreux, qui raisonnent dans vos termes – cf. la dernière tentative en ce sens menée par Kenneth Pomeranz (auteur de Une grande divergence : La Chine, l'Europe et la construction de l'économie mondiale, 2010). Alors qu'en accordant la primauté aux rapports sociaux de production, on ouvre une perspective autrement féconde comme j'ai tenté de le faire dans le chapitre que je consacre à la Chine dans le troisième tome de mon ouvrage.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Qu'est-ce qui distingue votre colossal travail de recherche d'autres tentatives d'analyser le développement du capitalisme dans le monde et sur la longue durée (Wallerstein, Braudel…) ?</strong></p> <p class="spip">Je me suis principalement efforcé de traiter la matière historique à partir d'un certain nombre de concepts clairement définis et maîtrisés. En commençant par ceux de capital, de rapports capitalistes de production, de reproduction des rapports capitalistes de production, de rapports de classes, de différence entre structures d'ordre et structure de classes, d'État et de bloc au pouvoir, de système d'États, etc. Ce que je reproche à Wallerstein et plus encore à Braudel, c'est leur faiblesse conceptuelle : la pauvreté et la fragilité de leur appareillage conceptuel. Je montre en particulier que ni l'un ni l'autre ne maîtrisent non seulement le concept de capitalisme mais même celui de capital ; qu'en particulier, ils ne saisissent pas la différence entre capital marchand et capital industriel, ni le saut qualitatif qui s'opère dans la dynamique capitaliste lorsqu'on passe d'un capital qui se valorise exclusivement par le jeu des échanges de marchandise et d'argent à un capital qui se valorise en prenant en charge le procès de production, avec toutes ses implications géographiques, sociales, politiques, culturelles, etc. De ce fait, ils stérilisent souvent eux-mêmes leurs quelques idées-forces ; par exemple, chez Wallerstein, le découpage du monde capitaliste entre un centre, des semi-périphéries et des périphéries, etc.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Quelles ont été les résistances durant ces trois siècles face au développement de ce que vous nommez « protocapitalisme » ?</strong></p> <p class="spip">Il m'est difficile de répondre brièvement à cette question. Dans la mesure où ce premier âge du capitalisme (que je désigne en effet souvent par le terme de protocapitalisme) marque la dernière phase de la transition du féodalisme au capitalisme en Europe occidentale, on peut dire que s'y constituent des facteurs de résistance tout ce qui relève du féodalisme. Les facteurs objectifs de résistance sont ainsi innombrables : c'est toute l'épaisseur des structures féodales qui est en jeu et qu'il va falloir bouleverser pour que le capitalisme puisse advenir. Quant aux facteurs subjectifs, ils sont représentés par les groupes sociaux qui ont tout à perdre à ce bouleversement. On en trouve parmi “ceux d'en haut” : c'est la partie de la noblesse qui ne peut pas ou ne veut pas transformer ses modes d'exploitation et de domination de la paysannerie pour les adapter au développement de l'économie marchande et monétaire dominée par le capital marchand. Mais on en trouve aussi et surtout parmi “ceux d'en bas” : dans le gros de la paysannerie menacée d'expropriation de ses tenures pour rejoindre les rangs du protoprolétariat en formation.</p> <p class="spip">Mais la situation dans les formations centrales (ouest-européennes) est en fait plus complexe. Car, parmi ceux qui ont intérêt au parachèvement des rapports capitalistes de production et qui en constituent le fer de lance, il n'est pas rare qu'il s'en trouve qui, simultanément et contradictoirement, redoutent de faire les frais du processus, cherchent à le freiner ou à l'engager dans des détours et des chemins de traverse. C'est particulièrement visible lors des épisodes de révolution bourgeoise qui se produisent durant cette période (dans les anciens Pays-Bas en révolte contre la couronne espagnole, dans l'Angleterre des Stuart, lors de la Fronde en France) où une partie de la bourgeoisie marchande finit par prendre des positions contre-révolutionnaires parce que ses intérêts (commerciaux, financiers, institutionnels, etc.) immédiats la rendent finalement solidaire de l'État monarchique qu'il s'agit d'abattre.</p> <p class="spip">Quant à ce qui se passe dans les périphéries coloniales et commerciales de l'Europe occidentale, les principales résistances viendront des populations indigènes qui en sont les victimes toutes désignées et des pouvoirs politiques préexistants qui n'entendent pas se laisser détruire ou instrumentaliser par les Européens.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Quel est selon vous le rôle qu'a joué l'État moderne dans ces prémisses du capitalisme ?</strong></p> <p class="spip">Comme toute la période protocapitaliste, l'État moderne qui y voit le jour est une sorte de Janus. À l'instar de ce dieu romain, il possède une double face, l'une tournée vers le passé féodal qu'il contribue à conserver, l'autre regardant vers l'avenir capitaliste dont il favorise l'avènement. En fait, l'importance relative de ses deux faces va dépendre des rapports de force entre la noblesse (plus exactement, sa couche supérieure, l'aristocratie nobiliaire) et la bourgeoisie (plus exactement la grande bourgeoisie marchande) dont il est l'institutionnalisation. Là où la première est largement prédominante, l'État (alors féodalo-monarchique) est tout entier au service de ses intérêts fonciers et de ses privilèges juridiques et fiscaux traditionnels, bridant le développement de la bourgeoisie protonationale, jusqu'au point de stériliser tous les facteurs potentiels de parachèvement des rapports capitalistes de production qui peuvent y voir le jour : l'Espagne habsbourgeoise en est l'exemple typique aux XVIe et XVIIe siècles, en se trouvant ainsi incapable de tirer bénéfice des immenses richesses qu'elle extrait de ses colonies américaines et philippines pour promouvoir un développement protocapitaliste autocentré. Là où, au contraire, c'est la bourgeoisie marchande qui l'emporte, généralement au terme d'une rupture révolutionnaire plus ou moins importante avec l'ancien ordre féodal, on a affaire à un État qui, par ses politiques fiscales, commerciales, diplomatiques et militaires, se met entièrement à son service : le principal exemple en est celui des Provinces-Unies nées de la révolte des Anciens Pays-Bas contre l'Espagne habsbourgeoise, dont le régime républicain va dominer le XVIIe siècle européen. Entre ces deux pôles extrêmes se situe tout un dégradé de positions occupées par des États monarchiques tendant à l'absolutisme, précisément du fait qu'ils sont en proie aux conflits et aux compromis à la fois entre l'aristocratie nobiliaire et la grande bourgeoisie marchande. L'Angleterre des Tudor puis des Stuart tout comme la France des derniers Valois puis des Bourbon en constituent de bons exemples, l'évolution des rapports de force entre ces deux groupes expliquant en définitive tant leur histoire politique respective que la tournure prise par la lutte qui s'engage entre elles à partir de la fin du XVIIe siècle pour la prédominance en Europe. (Entretien avec Alain Bihr publié le 20 septembre sur le site Le Comptoir)</p> <p class="spip">*****</p> <p class="spip">La lecture de cet entretien ne constitue pas un résumé de l'ouvrage. Au contraire, elle devrait susciter sa lecture à la fois par les questions posées et les réponses données fournies par Alain Bihr.</p> <p class="spip">Cet ouvrage est disponible dans les « bonnes librairies » de Suisse française et en France. Si les lectrices et lecteurs ne le trouvent pas, ils peuvent s'adresser aux editions@page2.ch pour la Suisse et aux edition@syllepse.net pour la France.</p></div>
		
		
                    [category@term] => Actualité
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                )

            [2] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Agriculture industrialisée, alimentation dénaturée… environnement saccagé !
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article908
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article908
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-09-20T15:08:56Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Actualité
                            [subject#2] => Economie
                            [subject#3] => Action
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                    [category] => Actualité
                    [description#] => 1
                    [description] => L'ultime épisode du procès de la ferme-usine des 1000 vaches s'est tenu ce 13 septembre à Amiens. Cinq militants et une militante de la Confédération paysanne poursuivis au civil pour leur action syndicale de démontage ont été condamnés à verser 120.000 € de « dédommagements » au propriétaire de la ferme-usine. Ils avaient pourtant été reconnus par la cour d'Appel comme participant à « une action collective de lanceurs d'alerte ». Ces six militant.e.s avaient été pris au hasard parmi l'ensemble des acteurs présents (&hellip;)

-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot13" rel="tag">Ecologie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot14" rel="tag">Economie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot36" rel="tag">Action</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton908.png" alt="" align="right" width="400" height="175" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">L'ultime épisode du procès de la ferme-usine des 1000 vaches s'est tenu ce 13 septembre à Amiens. Cinq militants et une militante de la Confédération paysanne poursuivis au civil pour leur action syndicale de démontage ont été condamnés à verser 120.000 € de « dédommagements » au propriétaire de la ferme-usine.</strong> Ils avaient pourtant été reconnus par la cour d'Appel comme participant à « une action collective de lanceurs d'alerte ». Ces six militant.e.s avaient été pris au hasard parmi l'ensemble des acteurs présents le jour de l'action !</p> <p class="spip">Une fois de plus ont été jugés des syndicalistes engagé.e.s dans la construction d'un modèle agricole résolument moderne et ouvert sur le futur en ce qu'il défend depuis plus de 30 ans un monde respectueux de la nature et des Hommes. La répression syndicale envers ces porteurs d'espoir est inacceptable, alors même que d'autres se permettent des centaines de milliers d'euros de dégâts sur des biens publics chaque fois qu'ils manifestent. Ceux-là ne sont jamais poursuivis et ne remettent pas en question le modèle dominant porté par le syndicat majoritaire qui sous-tend et entretien le désarroi des paysan.ne.s.</p> <p class="spip">A quatre mois des élections professionnelles agricoles, soutenir le combat des militant.e.s de la Confédération paysanne contre l'industrialisation de l'agriculture est un moyen pour nous, les citoyen.ne.s d'affirmer haut et fort le monde que nous voulons pour nos enfants, nos petits enfants&hellip; pour demain !</p> <p class="spip">Si vous partagez nos convictions, un don en ligne est possible en suivant ce lien :
<a href="https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-la-confederation-paysanne/formulaires/5/widget" class="spip_out">https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-la-confederation-paysanne/formulaires/5/widget</a></p> <p class="spip">Vous pouvez également en parler autour de vous pour motiver tous les paysan.ne.s désabusés d'aller voter en janvier prochain.
La Confédération paysanne sera toujours aux côtés des plus faibles pour plus de justice sociale, économique, alimentaire et environnementale.</p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => L'ultime épisode du procès de la ferme-usine des 1000 vaches s'est tenu ce 13 septembre à Amiens. Cinq militants et une militante de la Confédération paysanne poursuivis au civil pour leur action syndicale de démontage ont été condamnés à verser 120.000 € de « dédommagements » au propriétaire de la ferme-usine. Ils avaient pourtant été reconnus par la cour d'Appel comme participant à « une action collective de lanceurs d'alerte ». Ces six militant.e.s avaient été pris au hasard parmi l'ensemble des acteurs présents (&hellip;)

-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot13" rel="tag">Ecologie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot14" rel="tag">Economie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot36" rel="tag">Action</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton908.png" alt="" align="right" width="400" height="175" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">L'ultime épisode du procès de la ferme-usine des 1000 vaches s'est tenu ce 13 septembre à Amiens. Cinq militants et une militante de la Confédération paysanne poursuivis au civil pour leur action syndicale de démontage ont été condamnés à verser 120.000 € de « dédommagements » au propriétaire de la ferme-usine.</strong> Ils avaient pourtant été reconnus par la cour d'Appel comme participant à « une action collective de lanceurs d'alerte ». Ces six militant.e.s avaient été pris au hasard parmi l'ensemble des acteurs présents le jour de l'action !</p> <p class="spip">Une fois de plus ont été jugés des syndicalistes engagé.e.s dans la construction d'un modèle agricole résolument moderne et ouvert sur le futur en ce qu'il défend depuis plus de 30 ans un monde respectueux de la nature et des Hommes. La répression syndicale envers ces porteurs d'espoir est inacceptable, alors même que d'autres se permettent des centaines de milliers d'euros de dégâts sur des biens publics chaque fois qu'ils manifestent. Ceux-là ne sont jamais poursuivis et ne remettent pas en question le modèle dominant porté par le syndicat majoritaire qui sous-tend et entretien le désarroi des paysan.ne.s.</p> <p class="spip">A quatre mois des élections professionnelles agricoles, soutenir le combat des militant.e.s de la Confédération paysanne contre l'industrialisation de l'agriculture est un moyen pour nous, les citoyen.ne.s d'affirmer haut et fort le monde que nous voulons pour nos enfants, nos petits enfants&hellip; pour demain !</p> <p class="spip">Si vous partagez nos convictions, un don en ligne est possible en suivant ce lien :
<a href="https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-la-confederation-paysanne/formulaires/5/widget" class="spip_out">https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-la-confederation-paysanne/formulaires/5/widget</a></p> <p class="spip">Vous pouvez également en parler autour de vous pour motiver tous les paysan.ne.s désabusés d'aller voter en janvier prochain.
La Confédération paysanne sera toujours aux côtés des plus faibles pour plus de justice sociale, économique, alimentaire et environnementale.</p></div>
		
		
                    [category@term] => Actualité
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                )

            [3] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => JOURNÉE DE MOBILISATION DU 16 JUIN 2018
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article907
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article907
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-06-13T17:08:16Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Agenda
                            [subject#2] => Action
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                    [category] => Agenda
                    [description#] => 1
                    [description] => Le 16 juin, c'est dans moins d'une semaine ! Le programme est bouclé et nous sommes entrain de peaufiner notre organisation ! Pour faciliter la vôtre, voici un récapitulatif des informations pratiques et des appels à contribution : nous aurons besoin d'un petit coup de main jusqu'au dimanche 17 juin ! <br />Nous avons hâte de vous retrouver : la démonstration de notre détermination ne peut se faire sans vous, l'écho des messages qui seront mis en avant lors de cette journée ne prendra pas (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot13" rel="tag">Ecologie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot36" rel="tag">Action</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton907.jpg" alt="" align="right" width="467" height="658" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><span class='spip_document_995 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/cropped-banniere2.jpg' width="1800" height="400" />
</span></p> <p class="spip"><a href="http://16juin2018.info/2018/06/12/journee-de-mobilisation-du-16-juin-2018-lettre-dinformation-n2-du-12-juin-2018/" class="spip_out">Le 16 juin, c'est dans moins d'une semaine ! Le programme est bouclé et nous sommes entrain de peaufiner notre organisation ! Pour faciliter la vôtre, voici un récapitulatif des informations pratiques et des appels à contribution : nous aurons besoin d'un petit coup de main jusqu'au dimanche 17 juin !</a></p> <p class="spip">Nous avons hâte de vous retrouver : la démonstration de notre détermination ne peut se faire sans vous, l'écho des messages qui seront mis en avant lors de cette journée ne prendra pas sans votre présence. Cette journée posera les jalons du respect de toutes les formes de luttes et de pratiques qui constitue la fondation d'une opposition forte et soudée, construira les temps à venir, sera un nouveau point de départ dans cette mobilisation qui prolifère depuis quelques mois !</p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Le 16 juin, c'est dans moins d'une semaine ! Le programme est bouclé et nous sommes entrain de peaufiner notre organisation ! Pour faciliter la vôtre, voici un récapitulatif des informations pratiques et des appels à contribution : nous aurons besoin d'un petit coup de main jusqu'au dimanche 17 juin ! <br />Nous avons hâte de vous retrouver : la démonstration de notre détermination ne peut se faire sans vous, l'écho des messages qui seront mis en avant lors de cette journée ne prendra pas (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot13" rel="tag">Ecologie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot36" rel="tag">Action</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton907.jpg" alt="" align="right" width="467" height="658" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><span class='spip_document_995 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/cropped-banniere2.jpg' width="1800" height="400" />
</span></p> <p class="spip"><a href="http://16juin2018.info/2018/06/12/journee-de-mobilisation-du-16-juin-2018-lettre-dinformation-n2-du-12-juin-2018/" class="spip_out">Le 16 juin, c'est dans moins d'une semaine ! Le programme est bouclé et nous sommes entrain de peaufiner notre organisation ! Pour faciliter la vôtre, voici un récapitulatif des informations pratiques et des appels à contribution : nous aurons besoin d'un petit coup de main jusqu'au dimanche 17 juin !</a></p> <p class="spip">Nous avons hâte de vous retrouver : la démonstration de notre détermination ne peut se faire sans vous, l'écho des messages qui seront mis en avant lors de cette journée ne prendra pas sans votre présence. Cette journée posera les jalons du respect de toutes les formes de luttes et de pratiques qui constitue la fondation d'une opposition forte et soudée, construira les temps à venir, sera un nouveau point de départ dans cette mobilisation qui prolifère depuis quelques mois !</p></div>
		
		
                    [category@term] => Agenda
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                )

            [4] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Un volontaire communiste libertaire au sein des YPG raconte
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article906
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article906
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-06-13T16:46:44Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Agenda
                            [subject#2] => Débat
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                    [category] => Agenda
                    [description#] => 1
                    [description] => Samedi 16 juin à 18:00 - 21:00 Centre démocratique du peuple kurde 7 rue de la Broque 67000 Strasbourg <br />Projection du film de Chris den Hond et Mireille Court, « Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien » (45 minutes) ; <br />Présentation du livre « Kurdistan Autogestion Révolution », éd. AL, mars 2018 ; <br />Intervention d'Arthur Aberlin, militant communiste libertaire français engagé dans les YPG en 2017. <br />Intervention (sous réserve) de deux autres militants révolutionnaires engagés entre 2016 et 2018. (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot17" rel="tag">International</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot32" rel="tag">Débat</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton906.jpg" alt="" align="right" width="508" height="286" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'><p class="spip">Samedi 16 juin à 18:00 - 21:00</p> <p class="spip">Centre démocratique du peuple kurde
7 rue de la Broque 67000 Strasbourg</p></div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Projection du film de Chris den Hond et Mireille Court, « Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien » (45 minutes) ;</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Présentation du livre « Kurdistan Autogestion Révolution », éd. AL, mars 2018 ;</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Intervention d'Arthur Aberlin, militant communiste libertaire français engagé dans les YPG en 2017.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Intervention (sous réserve) de deux autres militants révolutionnaires engagés entre 2016 et 2018.</p> <p class="spip">///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////</p> <p class="spip"><span class='spip_document_992 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/9e8f8ddf-b18b-42f8-9be0-53d60254819f.jpg' width="1200" height="675" />
</span></p> <p class="spip">Depuis 2014, son rôle de rempart face aux atrocités djihadistes au Moyen-Orient a placé la gauche kurde sous les feux de la rampe.</p> <p class="spip">Ce que l'on sait moins, c'est que dans les zones qu'elle contrôle, et notamment au Kurdistan syrien (Rojava) elle a favorisé l'essor d'une contre-société sur des bases féministes, sociales, démocratiques et, d'une certaine façon, laïques.</p> <p class="spip">Pour cette raison, elle fait peur aux tyrans de la région : les régimes turc, iranien ou syrien. Cette situation inédite appelle un soutien de toutes et tous les révolutionnaires et anticolonialistes sincères.</p> <p class="spip">Un soutien acritique ? Nullement car, comme tout processus révolutionnaire, celui-ci court des risques : une dérive autoritaire est toujours possible, de même qu'une instrumentalisation par des puissances étrangères (États-Unis, Russie, France&hellip;).</p> <p class="spip">C'est de tout cela que nous voulons parler.</p> <p class="spip">////////////////////////////// COORGANISE PAR //////////////////////////////</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Alternative Libertaire Alsace
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Ami.es du peuple kurde Alsace
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Centre Démocratique du peuple kurde de France
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Les jeunes femmes kurdes
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Mouvement des femmes kurdes d'europe (zîn pour les femmes).</p> <p class="spip"><span class='spip_document_993 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/png/bd78d33f-5bd9-49bb-94c5-454116fdf5d1.png' width="500" height="708" />
</span></p> <p class="spip"><a href="http://www.alternativelibertaire.org/ ?Kurdistan</strong>" class="spip_out"><strong class="spip">Kurdistan</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion*" class="spip_out">*Tournée AL 2018 : Kurdistan, Révolution, Autogestion</a></p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Samedi 16 juin à 18:00 - 21:00 Centre démocratique du peuple kurde 7 rue de la Broque 67000 Strasbourg <br />Projection du film de Chris den Hond et Mireille Court, « Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien » (45 minutes) ; <br />Présentation du livre « Kurdistan Autogestion Révolution », éd. AL, mars 2018 ; <br />Intervention d'Arthur Aberlin, militant communiste libertaire français engagé dans les YPG en 2017. <br />Intervention (sous réserve) de deux autres militants révolutionnaires engagés entre 2016 et 2018. (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot17" rel="tag">International</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot32" rel="tag">Débat</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton906.jpg" alt="" align="right" width="508" height="286" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'><p class="spip">Samedi 16 juin à 18:00 - 21:00</p> <p class="spip">Centre démocratique du peuple kurde
7 rue de la Broque 67000 Strasbourg</p></div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Projection du film de Chris den Hond et Mireille Court, « Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien » (45 minutes) ;</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Présentation du livre « Kurdistan Autogestion Révolution », éd. AL, mars 2018 ;</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Intervention d'Arthur Aberlin, militant communiste libertaire français engagé dans les YPG en 2017.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Intervention (sous réserve) de deux autres militants révolutionnaires engagés entre 2016 et 2018.</p> <p class="spip">///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////</p> <p class="spip"><span class='spip_document_992 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/jpg/9e8f8ddf-b18b-42f8-9be0-53d60254819f.jpg' width="1200" height="675" />
</span></p> <p class="spip">Depuis 2014, son rôle de rempart face aux atrocités djihadistes au Moyen-Orient a placé la gauche kurde sous les feux de la rampe.</p> <p class="spip">Ce que l'on sait moins, c'est que dans les zones qu'elle contrôle, et notamment au Kurdistan syrien (Rojava) elle a favorisé l'essor d'une contre-société sur des bases féministes, sociales, démocratiques et, d'une certaine façon, laïques.</p> <p class="spip">Pour cette raison, elle fait peur aux tyrans de la région : les régimes turc, iranien ou syrien. Cette situation inédite appelle un soutien de toutes et tous les révolutionnaires et anticolonialistes sincères.</p> <p class="spip">Un soutien acritique ? Nullement car, comme tout processus révolutionnaire, celui-ci court des risques : une dérive autoritaire est toujours possible, de même qu'une instrumentalisation par des puissances étrangères (États-Unis, Russie, France&hellip;).</p> <p class="spip">C'est de tout cela que nous voulons parler.</p> <p class="spip">////////////////////////////// COORGANISE PAR //////////////////////////////</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Alternative Libertaire Alsace
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Ami.es du peuple kurde Alsace
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Centre Démocratique du peuple kurde de France
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Les jeunes femmes kurdes
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Mouvement des femmes kurdes d'europe (zîn pour les femmes).</p> <p class="spip"><span class='spip_document_993 spip_documents spip_documents_center' > <img src='http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/png/bd78d33f-5bd9-49bb-94c5-454116fdf5d1.png' width="500" height="708" />
</span></p> <p class="spip"><a href="http://www.alternativelibertaire.org/ ?Kurdistan</strong>" class="spip_out"><strong class="spip">Kurdistan</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion*" class="spip_out">*Tournée AL 2018 : Kurdistan, Révolution, Autogestion</a></p></div>
		
		
                    [category@term] => Agenda
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                )

            [5] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Statut des cheminot·e·s, dette de la SNCF, ouverture à la concurrence, privatisation, et ailleurs
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article905
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article905
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-05-13T12:05:00Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Actualité
                            [subject#2] => Luttes
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                    [category] => Actualité
                    [description#] => 1
                    [description] => Statut des cheminot.e.s <br />Ce qu'on entend : <br />« ce statut est trop rigide et trop cher par rapport à la concurrence. » <br /><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong> <br />#1 La SNCF n'est pas un cas isolé, le fameux statut des cheminots n'est qu'un accord de branche plus favorable que le Code du travail comme il en existe déjà ailleurs (Airbus). Cette volonté de niveler chaque statut spécifique vers le bas au lieu de l'étendre à l'ensemble du Code du travail peut toucher tous les secteurs d'activité. À terme, chaque salarié·e pourra (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot14" rel="tag">Economie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot20" rel="tag">Luttes</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton905.jpg" alt="" align="right" width="675" height="900" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">Statut des cheminot.e.s</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« ce statut est trop rigide et trop cher par rapport à la concurrence. »
</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1 </strong> La SNCF n'est pas un cas isolé, le fameux statut des cheminots n'est qu'un accord de branche plus favorable que le Code du travail comme il en existe déjà ailleurs (Airbus). Cette volonté de niveler chaque statut spécifique vers le bas au lieu de l'étendre à l'ensemble du Code du travail peut toucher tous les secteurs d'activité. À terme, chaque salarié·e pourra voir ses “privilèges” remis en question par cette logique, prouvant bien qu'on est tous le cheminot de quelqu'un.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> Ce statut résulte des spécificités du secteur, et s'avère plus défavorable que le Code du travail sur certaines dispositions (travail de nuit…) Sa suppression pourrait donc coûter plus cher à la SNCF.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Selon la Cour des Comptes, le coût du statut serait de 430 millions d'euros / an. Il semble peu élevé si on le rapporte au 1,3 milliard d'euros de bénéfices engrangés par la SNCF. Dans le même temps, le budget communication de la SNCF s'élève à 200 millions d'euros / an pour compenser la mise en concurrence du rail avec les autoroutes et le transport aérien, résultant de choix politiques, au lieu de privilégier un mode de transport plus écologique.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4 </strong> Enfin, la fin du recrutement au statut montre une volonté de division entre statutaires et nouveaux·elles arrivant·e·s, pour diviser en son sein l'un des secteurs le plus combatif du mouvement social, et de stigmatisation abusive de ce secteur aux yeux de la société pour faciliter la réforme dans l'opinion publique.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Dette de la SNCF</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« La SNCF traîne une dette de 50 milliards d'euros, (1,5 milliard d'intérêts / an) preuve de sa mauvaise gestion, manque de performance. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> Pour commencer rappelons que l'actuelle ministre des transports est la précédente directrice de la stratégie à la SNCF. Après avoir causé le problème elle prétend à présent pouvoir y répondre. Comment ne pas y voir une défaillance préparée de la SNCF en vue de son démantèlement.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> L'endettement de la SNCF provient en partie du développement des lignes à grande vitesse (1 km de rails grande vitesse coûte 22 millions d'euros, et le réseau français en compte 2 600 km), pour que chaque grande agglomération y soit raccordée. Il s'agit donc d'un investissement résultant de choix politique de l'État, mais que la SNCF assume seule en tant qu'exploitante du réseau qu'elle développe, alors qu'on ne demande pas aux routiers de financer les autoroutes, ni aux compagnies aériennes de construire les aéroports.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Dans une logique qui vise à privatiser les profits et socialiser les pertes, l'entretien du rail (filiale SNCF Réseau déficitaire), restera à la charge de l'État tandis que seules les filières rentables sont vouées à être privatisées.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> Malgré l'utilité sociale du transport ferroviaire l'État refuse de récupérer cette dette. Pourtant il ne s'est pas privé de racheter la dette de certaines banques lors de la crise financière de 2008 (50 milliards d'euros de recapitalisation en France sur la seule période 2008 à 2009).</p> <p class="spip"><strong class="spip">Ouverture à la concurrence/privatisation</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« La privatisation n'aura pas lieu. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1 </strong> Quel crédit donner à la parole de nos politiciens ? On se souvient de l'intervention de Nicolas Sarkozy qui assurait le 6 avril 2004 à Chinon « Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et de Gaz de France, c'est clair, c'est simple et c'est net ! » Aujourd'hui, ce sont plus d'une dizaine de fournisseurs qui se disputent le marché français de l'énergie au détriment des recettes publiques.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2 </strong> La SNCF semble suivre le même processus qu'EDF. Pour se préparer à la concurrence, l'entreprise publique a généré sa propre concurrence interne, en créant des filiales dans le fret, dans le transport routier et de marchandises, dans le transport de voyageurs, dans les sociétés de maintenance. Un portefeuille d'entreprises qu'il sera plus facile de distribuer petit bout par petit bout.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Autre indice de cette volonté : le passage pour la SNCF d'un statut d'EPIC (l'État est propriétaire et peut emprunter à bas taux) à Société Nationale à Capitaux Publics (l'État est actionnaire et peut emprunter sur les marchés financiers, ce qui fera augmenter la dette). Rien ne pourra alors empêcher la vente des parts de marché, sinon pourquoi opérer ce changement ?</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> La gestion par des acteurs privés va faire passer la logique de rentabilité avant la logique de satisfaction des besoins sociaux, et ce contre l'intérêt des usager·e·s.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Ouverture à la concurrence/privatisation</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« Ouvrir à la concurrence permettra de diminuer les tarifs et amènera de nouvelles idées. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> D'abord concernant cette nouveauté, rappelons que les nouveaux acteurs opéreront sur le même réseau avec le même matériel, mais avec un objectif de rentabilité (une partie des bénéfices, jusque-là réinvestis, sera gelée sous forme de capitaux), et une complexification de sa gestion proportionnelle au nombre de compagnies (correspondances, billetteries…) Les usager·e·s peuvent déjà ressentir cet effet depuis l'instauration d'une tarification par la demande qui a fait exploser la variété de prix pour un même trajet.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> Concernant les tarifs, le prix du billet ne représente que 30 % de son coût réel grâce aux subventions publiques. Avec des acteurs privés qui n'en bénéficieront pas, les tarifs sont donc voués à augmenter fortement.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3</strong> Il faut aussi relativiser la portée de cette concurrence qui ne s'intéressera pas à toutes les lignes. Les acteurs se positionneront uniquement sur les 2 lignes TGV rentables (Paris/Lille et Paris/Lyon), et aux horaires les plus fréquentés, alors que ces lignes participent à l'équilibre de toutes les autres.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4 </strong> Dans ce contexte, comment ne pas évoquer la disparition à rebours des petites lignes (9 000 km sur un réseau de 30 000 km) qui, après retrait de l'État, seront financées et gérées par les régions déjà enlisées dans un contexte de baisse de dotations, et qui devront prendre la décision de leur fermeture à la place de l'État.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Et ailleurs ?</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><strong class="spip"> <i class="spip">« La concurrence est bénéfique, il suffit de regarder des pays où elle a déjà eu lieu ! »</i> </strong></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> Dans le fret français, où la concurrence existe depuis 2003, les chiffres sont assez accablants. Entre 2003 et 2018, le volume de marchandise a été divisé par deux. En dix ans, les effectifs ont été ramenés de 15 000 agents à 7 400. Preuve de sa schizophrénie, le fret SNCF est directement concurrencé par sa filiale Geodis, désormais le premier transporteur routier en France et sur le point d'être privatisé. Des choix qui nous impactent tous quand on sait qu'un train de fret émet dix fois moins de CO2 que le nombre de poids lourds nécessaires pour transporter la même quantité de marchandises.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> En Allemagne, la compagnie des chemins de fer Deutsche Bahn AG, toujours détenue par l'État, mais transformée en société privée par actions il y a plus de vingt ans, affiche de très bons résultats. Cependant, l'ouverture du marché des trains grandes lignes à la concurrence privée ne concerne pour l'instant qu'à peine 1 % des parts de marché. Dans ce contexte de faible apport du privé et par soucis écologique, la tendance est plutôt à la reprise en main étatique de l'entreprise.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3</strong> En Italie, la compagnie privée NTV dessert 19 gares sur le seul axe rentable entre Paris et Milan, tout le reste du réseau est toujours exploité par la société ferroviaire nationale.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> Au Royaume-Uni, plus de 20 ans après la privatisation des chemins de fer, une majorité de Britanniques veut faire machine arrière. Exploité par vingt entreprises privées, le réseau ferroviaire est l'un des plus chers d'Europe pour les passager·e·s. Il est également fortement subventionné. L'entretien du réseau ferroviaire, toujours à la charge de l'État, coûte deux fois plus cher aujourd'hui qu'au moment de la privatisation. Niveau efficacité, en décembre 2016, seuls 56 % des trains gérés par la compagnie privée Southern Railway sont arrivés à l'heure. Là aussi, la tendance est à la renationalisation.</p> <p class="spip">Quel est l'intérêt pour une entreprise publique de faire 1.3 milliards d'euros de bénéfices annuels ? Pourquoi le débat ne porte pas plutôt sur l'opportunité de réinvestir cet argent pour couvrir les 30 % restant du coût des billets, et ainsi proposer un transport ferroviaire socialisé et accessible à tous ?</p> <p class="spip"><strong class="spip">De manière plus large, le gouvernement prépare le grand bradage du patrimoine national (aéroports régionaux, ports, barrages, française des jeux…), en confiant tout ce qui peut constituer une rente au privé, et entraînant un assèchement des recettes publiques.
</strong></p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Statut des cheminot.e.s <br />Ce qu'on entend : <br />« ce statut est trop rigide et trop cher par rapport à la concurrence. » <br /><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong> <br />#1 La SNCF n'est pas un cas isolé, le fameux statut des cheminots n'est qu'un accord de branche plus favorable que le Code du travail comme il en existe déjà ailleurs (Airbus). Cette volonté de niveler chaque statut spécifique vers le bas au lieu de l'étendre à l'ensemble du Code du travail peut toucher tous les secteurs d'activité. À terme, chaque salarié·e pourra (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot14" rel="tag">Economie</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot20" rel="tag">Luttes</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton905.jpg" alt="" align="right" width="675" height="900" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">Statut des cheminot.e.s</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« ce statut est trop rigide et trop cher par rapport à la concurrence. »
</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1 </strong> La SNCF n'est pas un cas isolé, le fameux statut des cheminots n'est qu'un accord de branche plus favorable que le Code du travail comme il en existe déjà ailleurs (Airbus). Cette volonté de niveler chaque statut spécifique vers le bas au lieu de l'étendre à l'ensemble du Code du travail peut toucher tous les secteurs d'activité. À terme, chaque salarié·e pourra voir ses “privilèges” remis en question par cette logique, prouvant bien qu'on est tous le cheminot de quelqu'un.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> Ce statut résulte des spécificités du secteur, et s'avère plus défavorable que le Code du travail sur certaines dispositions (travail de nuit…) Sa suppression pourrait donc coûter plus cher à la SNCF.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Selon la Cour des Comptes, le coût du statut serait de 430 millions d'euros / an. Il semble peu élevé si on le rapporte au 1,3 milliard d'euros de bénéfices engrangés par la SNCF. Dans le même temps, le budget communication de la SNCF s'élève à 200 millions d'euros / an pour compenser la mise en concurrence du rail avec les autoroutes et le transport aérien, résultant de choix politiques, au lieu de privilégier un mode de transport plus écologique.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4 </strong> Enfin, la fin du recrutement au statut montre une volonté de division entre statutaires et nouveaux·elles arrivant·e·s, pour diviser en son sein l'un des secteurs le plus combatif du mouvement social, et de stigmatisation abusive de ce secteur aux yeux de la société pour faciliter la réforme dans l'opinion publique.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Dette de la SNCF</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« La SNCF traîne une dette de 50 milliards d'euros, (1,5 milliard d'intérêts / an) preuve de sa mauvaise gestion, manque de performance. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> Pour commencer rappelons que l'actuelle ministre des transports est la précédente directrice de la stratégie à la SNCF. Après avoir causé le problème elle prétend à présent pouvoir y répondre. Comment ne pas y voir une défaillance préparée de la SNCF en vue de son démantèlement.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> L'endettement de la SNCF provient en partie du développement des lignes à grande vitesse (1 km de rails grande vitesse coûte 22 millions d'euros, et le réseau français en compte 2 600 km), pour que chaque grande agglomération y soit raccordée. Il s'agit donc d'un investissement résultant de choix politique de l'État, mais que la SNCF assume seule en tant qu'exploitante du réseau qu'elle développe, alors qu'on ne demande pas aux routiers de financer les autoroutes, ni aux compagnies aériennes de construire les aéroports.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Dans une logique qui vise à privatiser les profits et socialiser les pertes, l'entretien du rail (filiale SNCF Réseau déficitaire), restera à la charge de l'État tandis que seules les filières rentables sont vouées à être privatisées.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> Malgré l'utilité sociale du transport ferroviaire l'État refuse de récupérer cette dette. Pourtant il ne s'est pas privé de racheter la dette de certaines banques lors de la crise financière de 2008 (50 milliards d'euros de recapitalisation en France sur la seule période 2008 à 2009).</p> <p class="spip"><strong class="spip">Ouverture à la concurrence/privatisation</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« La privatisation n'aura pas lieu. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1 </strong> Quel crédit donner à la parole de nos politiciens ? On se souvient de l'intervention de Nicolas Sarkozy qui assurait le 6 avril 2004 à Chinon « Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et de Gaz de France, c'est clair, c'est simple et c'est net ! » Aujourd'hui, ce sont plus d'une dizaine de fournisseurs qui se disputent le marché français de l'énergie au détriment des recettes publiques.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2 </strong> La SNCF semble suivre le même processus qu'EDF. Pour se préparer à la concurrence, l'entreprise publique a généré sa propre concurrence interne, en créant des filiales dans le fret, dans le transport routier et de marchandises, dans le transport de voyageurs, dans les sociétés de maintenance. Un portefeuille d'entreprises qu'il sera plus facile de distribuer petit bout par petit bout.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3 </strong> Autre indice de cette volonté : le passage pour la SNCF d'un statut d'EPIC (l'État est propriétaire et peut emprunter à bas taux) à Société Nationale à Capitaux Publics (l'État est actionnaire et peut emprunter sur les marchés financiers, ce qui fera augmenter la dette). Rien ne pourra alors empêcher la vente des parts de marché, sinon pourquoi opérer ce changement ?</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> La gestion par des acteurs privés va faire passer la logique de rentabilité avant la logique de satisfaction des besoins sociaux, et ce contre l'intérêt des usager·e·s.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Ouverture à la concurrence/privatisation</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><i class="spip"> <strong class="spip">« Ouvrir à la concurrence permettra de diminuer les tarifs et amènera de nouvelles idées. »</strong> </i></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> D'abord concernant cette nouveauté, rappelons que les nouveaux acteurs opéreront sur le même réseau avec le même matériel, mais avec un objectif de rentabilité (une partie des bénéfices, jusque-là réinvestis, sera gelée sous forme de capitaux), et une complexification de sa gestion proportionnelle au nombre de compagnies (correspondances, billetteries…) Les usager·e·s peuvent déjà ressentir cet effet depuis l'instauration d'une tarification par la demande qui a fait exploser la variété de prix pour un même trajet.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> Concernant les tarifs, le prix du billet ne représente que 30 % de son coût réel grâce aux subventions publiques. Avec des acteurs privés qui n'en bénéficieront pas, les tarifs sont donc voués à augmenter fortement.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3</strong> Il faut aussi relativiser la portée de cette concurrence qui ne s'intéressera pas à toutes les lignes. Les acteurs se positionneront uniquement sur les 2 lignes TGV rentables (Paris/Lille et Paris/Lyon), et aux horaires les plus fréquentés, alors que ces lignes participent à l'équilibre de toutes les autres.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4 </strong> Dans ce contexte, comment ne pas évoquer la disparition à rebours des petites lignes (9 000 km sur un réseau de 30 000 km) qui, après retrait de l'État, seront financées et gérées par les régions déjà enlisées dans un contexte de baisse de dotations, et qui devront prendre la décision de leur fermeture à la place de l'État.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Et ailleurs ?</strong></p> <p class="spip">Ce qu'on entend :</p> <p class="spip"><strong class="spip"> <i class="spip">« La concurrence est bénéfique, il suffit de regarder des pays où elle a déjà eu lieu ! »</i> </strong></p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Ce que nous disons :</strong></p> <p class="spip"><strong class="spip">#1</strong> Dans le fret français, où la concurrence existe depuis 2003, les chiffres sont assez accablants. Entre 2003 et 2018, le volume de marchandise a été divisé par deux. En dix ans, les effectifs ont été ramenés de 15 000 agents à 7 400. Preuve de sa schizophrénie, le fret SNCF est directement concurrencé par sa filiale Geodis, désormais le premier transporteur routier en France et sur le point d'être privatisé. Des choix qui nous impactent tous quand on sait qu'un train de fret émet dix fois moins de CO2 que le nombre de poids lourds nécessaires pour transporter la même quantité de marchandises.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#2</strong> En Allemagne, la compagnie des chemins de fer Deutsche Bahn AG, toujours détenue par l'État, mais transformée en société privée par actions il y a plus de vingt ans, affiche de très bons résultats. Cependant, l'ouverture du marché des trains grandes lignes à la concurrence privée ne concerne pour l'instant qu'à peine 1 % des parts de marché. Dans ce contexte de faible apport du privé et par soucis écologique, la tendance est plutôt à la reprise en main étatique de l'entreprise.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#3</strong> En Italie, la compagnie privée NTV dessert 19 gares sur le seul axe rentable entre Paris et Milan, tout le reste du réseau est toujours exploité par la société ferroviaire nationale.</p> <p class="spip"><strong class="spip">#4</strong> Au Royaume-Uni, plus de 20 ans après la privatisation des chemins de fer, une majorité de Britanniques veut faire machine arrière. Exploité par vingt entreprises privées, le réseau ferroviaire est l'un des plus chers d'Europe pour les passager·e·s. Il est également fortement subventionné. L'entretien du réseau ferroviaire, toujours à la charge de l'État, coûte deux fois plus cher aujourd'hui qu'au moment de la privatisation. Niveau efficacité, en décembre 2016, seuls 56 % des trains gérés par la compagnie privée Southern Railway sont arrivés à l'heure. Là aussi, la tendance est à la renationalisation.</p> <p class="spip">Quel est l'intérêt pour une entreprise publique de faire 1.3 milliards d'euros de bénéfices annuels ? Pourquoi le débat ne porte pas plutôt sur l'opportunité de réinvestir cet argent pour couvrir les 30 % restant du coût des billets, et ainsi proposer un transport ferroviaire socialisé et accessible à tous ?</p> <p class="spip"><strong class="spip">De manière plus large, le gouvernement prépare le grand bradage du patrimoine national (aéroports régionaux, ports, barrages, française des jeux…), en confiant tout ce qui peut constituer une rente au privé, et entraînant un assèchement des recettes publiques.
</strong></p></div>
		
		
                    [category@term] => Actualité
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                )

            [6] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Marx et la première mondialisation (I)
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article904
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article904
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-04-30T09:55:21Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Actualité
                            [subject#2] => Politique
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                    [category] => Actualité
                    [description#] => 1
                    [description] => Le titre précédent paraîtra sans doute énigmatique à la plupart des lecteurs. Qu'est-ce que cette première mondialisation ? Et qu'est ce que Marx peut nous en dire ? Pour commencer à répondre à ces deux questions, partons de ce que Marx nous dit de l'origine du capitalisme. <br />En fait, il nous en dit relativement peu. Au regard des milliers de pages qu'il a consacrées au capitalisme, les quelque quatre cents pages dans lesquelles il traite de sociétés précapitalistes, qui plus est dispersées tout au long de (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot22" rel="tag">Mémoire</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot23" rel="tag">Politique</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton904.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Le titre précédent paraîtra sans doute énigmatique à la plupart des lecteurs. Qu'est-ce que cette première mondialisation ? Et qu'est ce que Marx peut nous en dire ? Pour commencer à répondre à ces deux questions, partons de ce que Marx nous dit de l'origine du capitalisme.</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip">En fait, il nous en dit relativement peu. Au regard des milliers de pages qu'il a consacrées au capitalisme, les quelque quatre cents pages dans lesquelles il traite de sociétés précapitalistes, qui plus est dispersées tout au long de son œuvre, font figure de parentes pauvres. Visiblement le problème ne l'intéressait pas beaucoup.</p> <p class="spip">Et pourtant, le peu qu'il nous en dit nous livre quelques clés pour aborder correctement la question et nous mettre sur la voie de sa résolution. En nous permettant pour commencer de reformuler la question, en la déplaçant et en la précisant du même coup.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Le déplacement de la question</strong></p> <p class="spip">Car ce qui pose question, ce n'est pas l'origine du capitalisme mais l'origine du capital. En effet, qu'est-ce que le capitalisme ? C'est le mode de production qui se développe sur la base de ce rapport de production qu'est le capital.</p> <p class="spip">Mode de production est le concept formé par Marx pour désigner un type déterminé de société globale, de totalité sociale qui se développe sur la base de rapports de production déterminés. Il distingue ainsi différents modes de production dans l'histoire : communisme primitif, mode de production “asiatique”, mode de production esclavagiste, féodalisme, capitalisme, communisme développé.</p> <p class="spip">Comment le capitalisme naît-il du capital ? Tout simplement comme le résultat global du procès de reproduction de ce dernier pris dans la totalité de ses niveaux et dimensions. Ce procès de reproduction implique en effet :</p> <p class="spip">D'une part, <i class="spip">un devenir-monde du capital</i> : une expansion spatiale continue des rapports capitalistes de production finissant par englober l'ensemble de la planète et de l'humanité qui la peuple sous la forme d'un marché mondial cependant fragmenté en unités politiques rivales et hiérarchisé par des inégalités de développement entre ces dernières.</p> <p class="spip">D'autre part, <i class="spip">un devenir-capital du monde</i> : une appropriation (transformation et soumission) progressive de l'ensemble des rapports sociaux, pratiques sociales, modes de vie et de penser, etc., aux exigences de la reproduction du capital comme rapport de production, autrement dit la production d'une société capitaliste appropriée à l'économie capitaliste. Par exemple : la formation d'un système de besoins individuels et collectifs approprié ; la formation d'un espace social approprié (caractérisé par l'urbanisation croissante et une densification des réseaux de communication) ; la formation d'une structure de classes appropriée ; la formation d'une individualité appropriée (l'individu entrepreneur de soi) ; etc.</p> <p class="spip">Dès lors, la question de l'origine du capitalisme se résout d'elle-même et se reformule à la fois. Elle se résout d'elle-même : on comprend que l'origine du capitalisme, c'est tout simplement le capital et son procès global de reproduction. Elle se reformule : ce qu'il faut expliquer, ce n'est pas comment le capitalisme s'est formé (on le sait désormais : c'est l'effet de la reproduction du capital conduite sur des siècles) mais comment le capital s'est formé : quelles ont été les conditions historiques de l'apparition de ce rapport de production singulier qu'est le capital ?</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">La précision de la question</strong></p> <p class="spip">Du même coup, la question peut aussi se préciser. En effet, dans la mesure où l'on connaît, notamment grâce à l'analyse que nous en a fournie Marx, les différents éléments dont se compose ce rapport de production qu'est le capital, on peut aussi en préciser les conditions d'apparition. Pour que ce rapport de production qu'est le capital puisse se former, il faut que soient réunies au moins les cinq conditions suivantes.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En premier lieu</strong>,
<i class="spip"> il faut une concentration croissante d'argent (de richesse sous forme monétaire) entre les mains d'une minorité d'agents économiques</i>. Ce qui suppose le développement en amont des rapports marchands et partant de la division marchande du travail. Dans le cadre des rapports précapitalistes de production, cette concentration sous une double forme :</p> <p class="spip">D'une part, entre les mains de commerçants : d'agents socio-économiques dont la fonction spécifique est la circulation de marchandises et le but propre l'enrichissement monétaire (l'accumulation de la richesse sous la forme abstraite de la monnaie). Plus précisément même, celui d'une élite marchande de négociants (de commerçants en gros) parvenant à monopoliser des segments du commerce lointain. Entendons par là non seulement un commerce qui se pratique sur de longues distances mais encore et surtout commerce qui met en liaison des aires de production et de circulation marchandes étrangères les unes aux autres, qui ne peuvent communiquer que par l'intermédiaire de ces négociants.</p> <p class="spip">D'autre part, celui de grands propriétaires fonciers qui s'enrichissent (accumulent la richesse monétaire) par la commercialisation des produits de leur sol ou sous-sol, quelle que soit la forme sous laquelle ceux-ci sont produits, donc quelle que soit la forme sous laquelle ils exploitent du travail humain (esclavage, servage, travail salarié).</p> <p class="spip"><strong class="spip">En deuxième lieu</strong>, <i class="spip">il faut l'expropriation d'une part significative de la population active (la population en état de produire)</i>. Expropriation entendue au sens marxien d'une dépossession immédiate de tout moyen de production et de consommation propre. De sorte que cette population n'ait plus pour seule possibilité pour tenter de survivre que de mettre en vente sa force de travail.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En troisième lieu</strong>, il faut <i class="spip">l'entrée dans l'échange marchand des moyens de production</i>, artificiels (outils et machines) ou naturels (terre : sol et sous-sol). Il faut que ces différents moyens de production puissent s'acquérir sous forme de marchandises, qu'il se forme donc des marchés spécifiques sur lesquels ils sont en permanence disponibles.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En quatrième lieu</strong>, il faut <i class="spip">l'émergence au sein des deux groupes précédents de négociants et de propriétaires fonciers d'une classe de capitalistes industriels</i> (au sens de Marx) : d'agents qui n'attendent pas la valorisation de leur capital de la seule circulation de marchandises mais d'abord de la formation d'une plus-value en combinant à cette fin d'une manière productive forces de travail et moyens de production acquis sur le marché.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En cinquième lieu</strong>, il faut encore <i class="spip">que l'ensemble des obstacles matériels, moraux, juridiques, politiques, religieux aux différentes conditions précédentes, qui sont multiples au sein des sociétés précapitalistes, puissent être écartés ou contournés</i>. En particulier, il faut qu'il n'y ait pas de pouvoir politique assez puissant pour interdire, bloquer ou freiner significativement l'ensemble des processus précédents.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Les différentes lignes d'historicité
</strong></p> <p class="spip">Marx ne nous permet pas seulement de reformuler la question initiale de l'origine du capitalisme. Il nous fournit aussi quelques pistes intéressantes pour sa résolution. Deux me paraissent particulièrement suggestives et heuristiques.</p> <p class="spip">La première est esquissée par Marx dans un célèbre passage des Grundrisse, intitulé par lui « Formes antérieures à la production capitaliste. (A propos du procès qui précède la formation du rapport capitaliste ou l'accumulation primitive) ». Elle est en fait double.</p> <p class="spip">Sur la foi de deux lignes de la préface à la Contribution à la critique de l'économie politique (1859), on a longtemps attribué à Marx (et on continue couramment à lui attribuer) la thèse d'un devenir historique uniforme des sociétés humaines, d'une succession monotone des modes de production depuis le communisme primitif jusqu'au communisme développé en passant par le mode de production “asiatique”, le mode de production esclavagiste, le féodalisme et le capitalisme, schéma qu'un certain marxisme ânonnera des décennies durant.</p> <p class="spip">Or, dans ce passage des Grundrisse, long de plusieurs dizaines de page, Marx avance au contraire l'idée que, au sortir de la préhistoire (du communisme primitif), les sociétés humaines ont évolué selon des lignées d'historicité différentes. Plus précisément, il en distingue trois : celle suivie par les sociétés “asiatiques” (qui allait aboutir au mode de production “asiatique”), celle suivie par les sociétés de l'antiquité méditerranéenne (qui allait aboutir au mode de production esclavagiste), celle suivie enfin par les sociétés européennes (qui allait aboutir à la formation du féodalisme).</p> <p class="spip">A cela, Marx ajoute que, dans les deux premières lignées d'historicité, les différents processus pouvant conduire à la formation au rapport capitaliste de production, précédemment détaillés, ou bien ne s'enclenchent pas ; ou bien s'enrayent une fois enclenchés et finissent par avorter ; ou bien encore, par combinaison avec ou perversion par les rapports de production prédominants, ils aboutissent à d'autres résultats, voire à des résultats contraires. Ce n'est qu'au sein de la troisième lignée d'historicité, celle conduisant au féodalisme, que ces différents processus peuvent espérer se développer jusqu'à donner naissance au rapport capitaliste de production.</p> <p class="spip">Ainsi, ce passage des Grundrisse suggère cette hypothèse tout à fait originale et paradoxale que c'est dans le cadre du féodalisme seul que le rapport capitaliste de production a pu se former ou, du moins, développer ses prémisses (présupposés) et ses prémices (ses formes embryonnaires). Hypothèse que j'ai pu en bonne partie confirmée[1]. En effet, le féodalisme implique notamment :</p> <p class="spip">Le servage.</p> <p class="spip">C'est un rapport d'exploitation et de domination qui lie un paysan et sa famille à une terre et à son seigneur : en contrepartie de la possession en principe héréditaire (tenure) d'une parcelle du domaine seigneurial qu'il n'a pas le droit de quitter, le paysan doit différentes redevances en travail (corvée), en nature (une part plus ou moins importante du produit de son travail agricole et artisanal) ou en espèces. Mais il reste maître de son procès de production et dispose de la part de son surproduit qui peut excéder les prélèvements précédents, qu'il peut faire entrer dans des échanges sur les marchés ruraux ou urbains proches, éventuellement intégrés dans des circuits d'échange lointains. Ce qui dynamise l'ensemble des échanges marchands et est propice à la formation et à l'accumulation de capital marchand.</p> <p class="spip">L'exclusion de la ville de l'organisation de la propriété foncière et du pouvoir politique.</p> <p class="spip">C'est un point sur lequel Marx insiste particulièrement dans le passage précédent. Contrairement à ce qui s'est passé dans les sociétés “asiatiques” et dans les sociétés antiques méditerranéennes, où la ville est le siège des propriétaires fonciers et des détenteurs du pouvoir politique (que ce soient les mêmes ou non), dans le féodalisme, la propriété foncière et le pouvoir politique ont leur siège à la campagne, dans la hiérarchie féodale (la hiérarchie des rapports de suzerain à vassal et l'allotissement consécutif de fiefs). Ce qui va permettre la formation de villes émancipées à l'égard des propriétaires fonciers et des pouvoirs politiques (les seigneurs laïcs ou religieux), entre les mains d'une petite-bourgeoise d'artisans ou même une bourgeoisie marchande de négociants et de banquiers (changeurs, usuriers, etc.) De la sorte, cette dernière va pouvoir s'assurer une base matérielle et institutionnelle solide à son action économique et politique sous forme du contrôle de véritables réseaux de cités-États marchandes (cf. l'Italie septentrionale et centrale, les Anciens Pays-Bas, la Hanse autour de la Baltique).</p> <p class="spip">L'émiettement du pouvoir politique.</p> <p class="spip">La formation du féodalisme correspond à un affaiblissement considérable voire à une véritable éclipse des formes étatiques du pouvoir politique. Celui-ci prend désormais la forme précitée de la hiérarchie féodale. Et cela va de pair avec l'émiettement de ce pouvoir, éparpillé en une multitude de seigneuries rivales. Même si la dynamique des conflits entre seigneurs conduit à une progressive recentralisation du pouvoir (sous forme de la transformation des royautés en monarchies), tous ces pouvoirs sont bien trop faibles pour parvenir à bloquer ou même à entraver sérieusement et l'essor des rapports marchands et la montée en puissance de la bourgeoisie marchande.</p> <p class="spip">La rétroaction des processus précédents sur les rapports féodaux de production.</p> <p class="spip">Cette rétroaction va infléchir ces rapports dans un sens capitaliste (dans le sens de la formation des différentes conditions des rapports capitalistes de production). Elle va en effet entraîner :</p> <p class="spip">L'accumulation de richesse monétaire (sous forme de capital marchand) entre les mains de la bourgeoisie marchande mais aussi entre une partie de la noblesse féodale qui sera incitée à transformer les redevances en travail et en nature en redevances en argent, contraignant ainsi la paysannerie à s'impliquer un peu plus encore dans l'économie marchande et monétaire.</p> <p class="spip">La différenciation socio-économique de la paysannerie sous l'effet de cette implication dans l'économie précisément : d'un côté, l'émergence d'une couche de riches paysans qui parviennent à racheter leur liberté (donc à s'exempter de tout ou partie des prélèvements seigneuriaux), à rassembler (louer ou acheter) des terres, à accroître leur matériel agricole, à embaucher occasionnellement ou durablement des ouvriers agricoles, etc. ; d'autre part, la formation d'un protoprolétariat agricole de paysans entrés dans le cercle vicieux du surendettement qui ne leur laisse d'autre choix que de louer leurs bras (lors des travaux agricoles saisonniers, ou dans les mines, etc.) ou de quitter la terre (pour échapper à leurs redevances et à leurs créanciers) en venant gonfler les rangs des vagabonds ou de la plèbe urbaine vivant de rapine et de mendicité.</p> <p class="spip">La formation d'une protobourgeoisie industrielle (au sens de Marx) qui s'alimente à trois sources. La première nous est déjà connue : c'est la couche de la paysannerie enrichie, dont quelques éléments vont se muer en capitalistes agraires. La deuxième se situe du côté des propriétaires fonciers féodaux dont une partie va être incitée à en faire autant en substituant du travail salarié au travail asservi sur leurs domaines (en chassant les serfs pour engager à leur place des ouvriers agricoles – ce seront quelquefois les mêmes). La troisième nous est également déjà connue : c'est la bourgeoisie marchande dès lors qu'elle cherche à maximiser la valorisation de son capital marchand en se mettant à contrôler les conditions de production des marchandises qu'elle met en circulation. Cela aura notamment lieu sous la forme de l'apparition et du développement de manufactures éclatées (recourant au travail à domicile de paysans ou d'artisans), notamment à la campagne, pour contourner les réglementations corporatives ayant cours dans les villes.</p> <p class="spip">Tout ce processus occupe le Moyen Age central (XIe-XIIIe siècle) en se concentrant notamment en Italie du Nord et dans le cœur du féodalisme européen (l'espace compris en gros entre la Loire, le Rhin et la Tamise). Sa dynamique va cependant se trouver interrompue durant un bon siècle (entre la première moitié du XIVe siècle et le milieu du XVe siècle) sous l'effet conjugué d'une série de crises agricoles, de récurrences d'épisodes pesteux et de la guerre de Cent Ans (1337-1453), opposant d'abord les royaumes de France et d'Angleterre mais à laquelle se mêleront aussi les royaumes d'Écosse, de Castille et du Portugal. Après quoi cette dynamique reprendra mais dans un contexte qui va changer en partie de nature et de dimension.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">La soi-disant accumulation primitive et la première mondialisation</strong></p> <p class="spip">La seconde piste heuristique intéressant le traitement de la question des origines du rapport capitaliste de production est ouverte par Marx dans un passage encore plus célèbre de son œuvre : la dernière section du Livre I du Capital intitulé « L'accumulation primitive ».</p> <p class="spip">Marx y traite explicitement des conditions qui ont rendu possible la formation du rapport capitaliste de production dans la période qui va de la fin du Moyen Age jusqu'à ce qu'on nomme habituellement la révolution industrielle qui se déclenche dans le dernier tiers du XVIIIe siècle en Angleterre. C'est pourquoi d'ailleurs il centre son analyse sur cette dernière. Il insiste notamment sur la plus essentielle de ces conditions : l'expropriation des producteurs, qui est pour lui le véritable « secret de l'accumulation primitive », ce qui le conduit à accorder une grande importance aux bouleversements survenus dans les rapports de production au sein de l'agriculture anglaise (en particulier les enclosures) et sur la « législation sanguinaire » qui s'est abattue sur le protoprolétariat de paysans expropriés pour les forcer à porter leurs forces de travail en pâture aux maîtres des mines, des manufactures et des fabriques anglais.</p> <p class="spip">Mais, chemin faisant, Marx signale l'existence de bien d'autres conditions ayant présidé durant ces trois à quatre siècles à la formation du capital. Notamment dans le passage suivant :</p> <p class="spip">« La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après éclate la guerre mercantile : elle a le globe entier pour théâtre. S'ouvrant par la révolte de la Hollande contre l'Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans la croisade de l'Angleterre contre la Révolution française et se prolonge, jusqu'à nos jours, en expéditions de pirates, comme les fameuses guerres d'opium contre la Chine.</p> <p class="spip">Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. Quelques-unes de ces méthodes reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception exploitent le pouvoir d'État, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter violemment le passage de l'ordre économique féodal à l'ordre économique capitaliste et abréger les phases de transition. Et, en effet, la force est l'accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique. »[2]</p> <p class="spip">Ceux – et ils sont nombreux – qui ont reproché à Marx d'avoir négligé ou minimisé le rôle de l'État ou de l'avoir réduit à « une superstructure » totalement subordonnée à « l'infrastructure économique » n'ont probablement jamais lu ce passage. Ou ils n'y ont visiblement rien compris…</p> <p class="spip">Mais c'est sur un autre point que j'insisterai ici. Dans ce panorama général de « l'accumulation primitive », ce qui passe au premier plan, de même que le rôle d'accoucheur de l'histoire qu'est la violence concentrée de l'État, c'est ce qu'il faut bien appeler une première mondialisation dont Marx pointe ici quelques moments : la découverte et la colonisation des Amériques ; l'afflux en Europe de métaux précieux liés au pillage et à l'exploitation minière de ces mêmes Amériques ; le développement du système de plantations esclavagistes toujours aux Amériques et la traite négrière qui les ravitaille en main-d'œuvre depuis les côtes africaines ; la conquête des marchés orientaux et le début de la colonisation de certaines contrées orientales ; la rivalité entre puissances européennes pour s'approprier ces flux de richesses marchandes et monétaires, exacerbée par la mise en œuvre de politiques mercantilises, dégénérant régulièrement en guerres qui finiront par prendre une dimension mondiale ; la nécessité par conséquent d'un renforcement militaire mais aussi administratif et fiscal des États ; la nécessité de développer aussi le crédit public ; etc.</p> <p class="spip">Ce qui s'esquisse ici clairement, c'est l'hypothèse que c'est dans et par cette première mondialisation que s'est parachevée la formation du rapport capitaliste de production. Et c'est de cette hypothèse qui m'a servi de fil conducteur pour Le premier âge du capitalisme, dont le premier tome paraîtra en septembre prochain[3].
(A suivre)</p> <p class="spip"><i class="spip">Ce texte d'Alain Bihr reprend et développe l'exposé fait à l'Université de Lausanne le 17 avril 2018. Comme indiqué dans la note 3, il annonce à sa manière la publication (en septembre) du tome 1 de l'ouvrage intitulé : Le premier âge du capitalisme.</i></p> <hr class="spip" /> <p class="spip">[1] La préhistoire du capital, Page 2, Lausanne, 2006.</p> <p class="spip">[2] Le Capital, Paris, 1948, Éditions Sociales, tome III, page 193.</p> <p class="spip">[3] Le premier âge du capitalisme, tome 1 : L'expansion européenne, Lausanne – Paris, Page 2 – Syllepse, à paraître en septembre 2018.</p> <p class="spip">Publié par <a href="http://alencontre.org/marxisme/marx-et-la-premiere-mondialisation-i.html" class="spip_out">Alencontre</a></p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Le titre précédent paraîtra sans doute énigmatique à la plupart des lecteurs. Qu'est-ce que cette première mondialisation ? Et qu'est ce que Marx peut nous en dire ? Pour commencer à répondre à ces deux questions, partons de ce que Marx nous dit de l'origine du capitalisme. <br />En fait, il nous en dit relativement peu. Au regard des milliers de pages qu'il a consacrées au capitalisme, les quelque quatre cents pages dans lesquelles il traite de sociétés précapitalistes, qui plus est dispersées tout au long de (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6" rel="directory">Actualité</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot22" rel="tag">Mémoire</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot23" rel="tag">Politique</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton904.jpg" alt="" align="right" width="942" height="1140" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Le titre précédent paraîtra sans doute énigmatique à la plupart des lecteurs. Qu'est-ce que cette première mondialisation ? Et qu'est ce que Marx peut nous en dire ? Pour commencer à répondre à ces deux questions, partons de ce que Marx nous dit de l'origine du capitalisme.</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip">En fait, il nous en dit relativement peu. Au regard des milliers de pages qu'il a consacrées au capitalisme, les quelque quatre cents pages dans lesquelles il traite de sociétés précapitalistes, qui plus est dispersées tout au long de son œuvre, font figure de parentes pauvres. Visiblement le problème ne l'intéressait pas beaucoup.</p> <p class="spip">Et pourtant, le peu qu'il nous en dit nous livre quelques clés pour aborder correctement la question et nous mettre sur la voie de sa résolution. En nous permettant pour commencer de reformuler la question, en la déplaçant et en la précisant du même coup.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Le déplacement de la question</strong></p> <p class="spip">Car ce qui pose question, ce n'est pas l'origine du capitalisme mais l'origine du capital. En effet, qu'est-ce que le capitalisme ? C'est le mode de production qui se développe sur la base de ce rapport de production qu'est le capital.</p> <p class="spip">Mode de production est le concept formé par Marx pour désigner un type déterminé de société globale, de totalité sociale qui se développe sur la base de rapports de production déterminés. Il distingue ainsi différents modes de production dans l'histoire : communisme primitif, mode de production “asiatique”, mode de production esclavagiste, féodalisme, capitalisme, communisme développé.</p> <p class="spip">Comment le capitalisme naît-il du capital ? Tout simplement comme le résultat global du procès de reproduction de ce dernier pris dans la totalité de ses niveaux et dimensions. Ce procès de reproduction implique en effet :</p> <p class="spip">D'une part, <i class="spip">un devenir-monde du capital</i> : une expansion spatiale continue des rapports capitalistes de production finissant par englober l'ensemble de la planète et de l'humanité qui la peuple sous la forme d'un marché mondial cependant fragmenté en unités politiques rivales et hiérarchisé par des inégalités de développement entre ces dernières.</p> <p class="spip">D'autre part, <i class="spip">un devenir-capital du monde</i> : une appropriation (transformation et soumission) progressive de l'ensemble des rapports sociaux, pratiques sociales, modes de vie et de penser, etc., aux exigences de la reproduction du capital comme rapport de production, autrement dit la production d'une société capitaliste appropriée à l'économie capitaliste. Par exemple : la formation d'un système de besoins individuels et collectifs approprié ; la formation d'un espace social approprié (caractérisé par l'urbanisation croissante et une densification des réseaux de communication) ; la formation d'une structure de classes appropriée ; la formation d'une individualité appropriée (l'individu entrepreneur de soi) ; etc.</p> <p class="spip">Dès lors, la question de l'origine du capitalisme se résout d'elle-même et se reformule à la fois. Elle se résout d'elle-même : on comprend que l'origine du capitalisme, c'est tout simplement le capital et son procès global de reproduction. Elle se reformule : ce qu'il faut expliquer, ce n'est pas comment le capitalisme s'est formé (on le sait désormais : c'est l'effet de la reproduction du capital conduite sur des siècles) mais comment le capital s'est formé : quelles ont été les conditions historiques de l'apparition de ce rapport de production singulier qu'est le capital ?</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">La précision de la question</strong></p> <p class="spip">Du même coup, la question peut aussi se préciser. En effet, dans la mesure où l'on connaît, notamment grâce à l'analyse que nous en a fournie Marx, les différents éléments dont se compose ce rapport de production qu'est le capital, on peut aussi en préciser les conditions d'apparition. Pour que ce rapport de production qu'est le capital puisse se former, il faut que soient réunies au moins les cinq conditions suivantes.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En premier lieu</strong>,
<i class="spip"> il faut une concentration croissante d'argent (de richesse sous forme monétaire) entre les mains d'une minorité d'agents économiques</i>. Ce qui suppose le développement en amont des rapports marchands et partant de la division marchande du travail. Dans le cadre des rapports précapitalistes de production, cette concentration sous une double forme :</p> <p class="spip">D'une part, entre les mains de commerçants : d'agents socio-économiques dont la fonction spécifique est la circulation de marchandises et le but propre l'enrichissement monétaire (l'accumulation de la richesse sous la forme abstraite de la monnaie). Plus précisément même, celui d'une élite marchande de négociants (de commerçants en gros) parvenant à monopoliser des segments du commerce lointain. Entendons par là non seulement un commerce qui se pratique sur de longues distances mais encore et surtout commerce qui met en liaison des aires de production et de circulation marchandes étrangères les unes aux autres, qui ne peuvent communiquer que par l'intermédiaire de ces négociants.</p> <p class="spip">D'autre part, celui de grands propriétaires fonciers qui s'enrichissent (accumulent la richesse monétaire) par la commercialisation des produits de leur sol ou sous-sol, quelle que soit la forme sous laquelle ceux-ci sont produits, donc quelle que soit la forme sous laquelle ils exploitent du travail humain (esclavage, servage, travail salarié).</p> <p class="spip"><strong class="spip">En deuxième lieu</strong>, <i class="spip">il faut l'expropriation d'une part significative de la population active (la population en état de produire)</i>. Expropriation entendue au sens marxien d'une dépossession immédiate de tout moyen de production et de consommation propre. De sorte que cette population n'ait plus pour seule possibilité pour tenter de survivre que de mettre en vente sa force de travail.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En troisième lieu</strong>, il faut <i class="spip">l'entrée dans l'échange marchand des moyens de production</i>, artificiels (outils et machines) ou naturels (terre : sol et sous-sol). Il faut que ces différents moyens de production puissent s'acquérir sous forme de marchandises, qu'il se forme donc des marchés spécifiques sur lesquels ils sont en permanence disponibles.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En quatrième lieu</strong>, il faut <i class="spip">l'émergence au sein des deux groupes précédents de négociants et de propriétaires fonciers d'une classe de capitalistes industriels</i> (au sens de Marx) : d'agents qui n'attendent pas la valorisation de leur capital de la seule circulation de marchandises mais d'abord de la formation d'une plus-value en combinant à cette fin d'une manière productive forces de travail et moyens de production acquis sur le marché.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En cinquième lieu</strong>, il faut encore <i class="spip">que l'ensemble des obstacles matériels, moraux, juridiques, politiques, religieux aux différentes conditions précédentes, qui sont multiples au sein des sociétés précapitalistes, puissent être écartés ou contournés</i>. En particulier, il faut qu'il n'y ait pas de pouvoir politique assez puissant pour interdire, bloquer ou freiner significativement l'ensemble des processus précédents.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">Les différentes lignes d'historicité
</strong></p> <p class="spip">Marx ne nous permet pas seulement de reformuler la question initiale de l'origine du capitalisme. Il nous fournit aussi quelques pistes intéressantes pour sa résolution. Deux me paraissent particulièrement suggestives et heuristiques.</p> <p class="spip">La première est esquissée par Marx dans un célèbre passage des Grundrisse, intitulé par lui « Formes antérieures à la production capitaliste. (A propos du procès qui précède la formation du rapport capitaliste ou l'accumulation primitive) ». Elle est en fait double.</p> <p class="spip">Sur la foi de deux lignes de la préface à la Contribution à la critique de l'économie politique (1859), on a longtemps attribué à Marx (et on continue couramment à lui attribuer) la thèse d'un devenir historique uniforme des sociétés humaines, d'une succession monotone des modes de production depuis le communisme primitif jusqu'au communisme développé en passant par le mode de production “asiatique”, le mode de production esclavagiste, le féodalisme et le capitalisme, schéma qu'un certain marxisme ânonnera des décennies durant.</p> <p class="spip">Or, dans ce passage des Grundrisse, long de plusieurs dizaines de page, Marx avance au contraire l'idée que, au sortir de la préhistoire (du communisme primitif), les sociétés humaines ont évolué selon des lignées d'historicité différentes. Plus précisément, il en distingue trois : celle suivie par les sociétés “asiatiques” (qui allait aboutir au mode de production “asiatique”), celle suivie par les sociétés de l'antiquité méditerranéenne (qui allait aboutir au mode de production esclavagiste), celle suivie enfin par les sociétés européennes (qui allait aboutir à la formation du féodalisme).</p> <p class="spip">A cela, Marx ajoute que, dans les deux premières lignées d'historicité, les différents processus pouvant conduire à la formation au rapport capitaliste de production, précédemment détaillés, ou bien ne s'enclenchent pas ; ou bien s'enrayent une fois enclenchés et finissent par avorter ; ou bien encore, par combinaison avec ou perversion par les rapports de production prédominants, ils aboutissent à d'autres résultats, voire à des résultats contraires. Ce n'est qu'au sein de la troisième lignée d'historicité, celle conduisant au féodalisme, que ces différents processus peuvent espérer se développer jusqu'à donner naissance au rapport capitaliste de production.</p> <p class="spip">Ainsi, ce passage des Grundrisse suggère cette hypothèse tout à fait originale et paradoxale que c'est dans le cadre du féodalisme seul que le rapport capitaliste de production a pu se former ou, du moins, développer ses prémisses (présupposés) et ses prémices (ses formes embryonnaires). Hypothèse que j'ai pu en bonne partie confirmée[1]. En effet, le féodalisme implique notamment :</p> <p class="spip">Le servage.</p> <p class="spip">C'est un rapport d'exploitation et de domination qui lie un paysan et sa famille à une terre et à son seigneur : en contrepartie de la possession en principe héréditaire (tenure) d'une parcelle du domaine seigneurial qu'il n'a pas le droit de quitter, le paysan doit différentes redevances en travail (corvée), en nature (une part plus ou moins importante du produit de son travail agricole et artisanal) ou en espèces. Mais il reste maître de son procès de production et dispose de la part de son surproduit qui peut excéder les prélèvements précédents, qu'il peut faire entrer dans des échanges sur les marchés ruraux ou urbains proches, éventuellement intégrés dans des circuits d'échange lointains. Ce qui dynamise l'ensemble des échanges marchands et est propice à la formation et à l'accumulation de capital marchand.</p> <p class="spip">L'exclusion de la ville de l'organisation de la propriété foncière et du pouvoir politique.</p> <p class="spip">C'est un point sur lequel Marx insiste particulièrement dans le passage précédent. Contrairement à ce qui s'est passé dans les sociétés “asiatiques” et dans les sociétés antiques méditerranéennes, où la ville est le siège des propriétaires fonciers et des détenteurs du pouvoir politique (que ce soient les mêmes ou non), dans le féodalisme, la propriété foncière et le pouvoir politique ont leur siège à la campagne, dans la hiérarchie féodale (la hiérarchie des rapports de suzerain à vassal et l'allotissement consécutif de fiefs). Ce qui va permettre la formation de villes émancipées à l'égard des propriétaires fonciers et des pouvoirs politiques (les seigneurs laïcs ou religieux), entre les mains d'une petite-bourgeoise d'artisans ou même une bourgeoisie marchande de négociants et de banquiers (changeurs, usuriers, etc.) De la sorte, cette dernière va pouvoir s'assurer une base matérielle et institutionnelle solide à son action économique et politique sous forme du contrôle de véritables réseaux de cités-États marchandes (cf. l'Italie septentrionale et centrale, les Anciens Pays-Bas, la Hanse autour de la Baltique).</p> <p class="spip">L'émiettement du pouvoir politique.</p> <p class="spip">La formation du féodalisme correspond à un affaiblissement considérable voire à une véritable éclipse des formes étatiques du pouvoir politique. Celui-ci prend désormais la forme précitée de la hiérarchie féodale. Et cela va de pair avec l'émiettement de ce pouvoir, éparpillé en une multitude de seigneuries rivales. Même si la dynamique des conflits entre seigneurs conduit à une progressive recentralisation du pouvoir (sous forme de la transformation des royautés en monarchies), tous ces pouvoirs sont bien trop faibles pour parvenir à bloquer ou même à entraver sérieusement et l'essor des rapports marchands et la montée en puissance de la bourgeoisie marchande.</p> <p class="spip">La rétroaction des processus précédents sur les rapports féodaux de production.</p> <p class="spip">Cette rétroaction va infléchir ces rapports dans un sens capitaliste (dans le sens de la formation des différentes conditions des rapports capitalistes de production). Elle va en effet entraîner :</p> <p class="spip">L'accumulation de richesse monétaire (sous forme de capital marchand) entre les mains de la bourgeoisie marchande mais aussi entre une partie de la noblesse féodale qui sera incitée à transformer les redevances en travail et en nature en redevances en argent, contraignant ainsi la paysannerie à s'impliquer un peu plus encore dans l'économie marchande et monétaire.</p> <p class="spip">La différenciation socio-économique de la paysannerie sous l'effet de cette implication dans l'économie précisément : d'un côté, l'émergence d'une couche de riches paysans qui parviennent à racheter leur liberté (donc à s'exempter de tout ou partie des prélèvements seigneuriaux), à rassembler (louer ou acheter) des terres, à accroître leur matériel agricole, à embaucher occasionnellement ou durablement des ouvriers agricoles, etc. ; d'autre part, la formation d'un protoprolétariat agricole de paysans entrés dans le cercle vicieux du surendettement qui ne leur laisse d'autre choix que de louer leurs bras (lors des travaux agricoles saisonniers, ou dans les mines, etc.) ou de quitter la terre (pour échapper à leurs redevances et à leurs créanciers) en venant gonfler les rangs des vagabonds ou de la plèbe urbaine vivant de rapine et de mendicité.</p> <p class="spip">La formation d'une protobourgeoisie industrielle (au sens de Marx) qui s'alimente à trois sources. La première nous est déjà connue : c'est la couche de la paysannerie enrichie, dont quelques éléments vont se muer en capitalistes agraires. La deuxième se situe du côté des propriétaires fonciers féodaux dont une partie va être incitée à en faire autant en substituant du travail salarié au travail asservi sur leurs domaines (en chassant les serfs pour engager à leur place des ouvriers agricoles – ce seront quelquefois les mêmes). La troisième nous est également déjà connue : c'est la bourgeoisie marchande dès lors qu'elle cherche à maximiser la valorisation de son capital marchand en se mettant à contrôler les conditions de production des marchandises qu'elle met en circulation. Cela aura notamment lieu sous la forme de l'apparition et du développement de manufactures éclatées (recourant au travail à domicile de paysans ou d'artisans), notamment à la campagne, pour contourner les réglementations corporatives ayant cours dans les villes.</p> <p class="spip">Tout ce processus occupe le Moyen Age central (XIe-XIIIe siècle) en se concentrant notamment en Italie du Nord et dans le cœur du féodalisme européen (l'espace compris en gros entre la Loire, le Rhin et la Tamise). Sa dynamique va cependant se trouver interrompue durant un bon siècle (entre la première moitié du XIVe siècle et le milieu du XVe siècle) sous l'effet conjugué d'une série de crises agricoles, de récurrences d'épisodes pesteux et de la guerre de Cent Ans (1337-1453), opposant d'abord les royaumes de France et d'Angleterre mais à laquelle se mêleront aussi les royaumes d'Écosse, de Castille et du Portugal. Après quoi cette dynamique reprendra mais dans un contexte qui va changer en partie de nature et de dimension.</p> <p class="spip"><strong class="caractencadre-spip spip">La soi-disant accumulation primitive et la première mondialisation</strong></p> <p class="spip">La seconde piste heuristique intéressant le traitement de la question des origines du rapport capitaliste de production est ouverte par Marx dans un passage encore plus célèbre de son œuvre : la dernière section du Livre I du Capital intitulé « L'accumulation primitive ».</p> <p class="spip">Marx y traite explicitement des conditions qui ont rendu possible la formation du rapport capitaliste de production dans la période qui va de la fin du Moyen Age jusqu'à ce qu'on nomme habituellement la révolution industrielle qui se déclenche dans le dernier tiers du XVIIIe siècle en Angleterre. C'est pourquoi d'ailleurs il centre son analyse sur cette dernière. Il insiste notamment sur la plus essentielle de ces conditions : l'expropriation des producteurs, qui est pour lui le véritable « secret de l'accumulation primitive », ce qui le conduit à accorder une grande importance aux bouleversements survenus dans les rapports de production au sein de l'agriculture anglaise (en particulier les enclosures) et sur la « législation sanguinaire » qui s'est abattue sur le protoprolétariat de paysans expropriés pour les forcer à porter leurs forces de travail en pâture aux maîtres des mines, des manufactures et des fabriques anglais.</p> <p class="spip">Mais, chemin faisant, Marx signale l'existence de bien d'autres conditions ayant présidé durant ces trois à quatre siècles à la formation du capital. Notamment dans le passage suivant :</p> <p class="spip">« La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après éclate la guerre mercantile : elle a le globe entier pour théâtre. S'ouvrant par la révolte de la Hollande contre l'Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans la croisade de l'Angleterre contre la Révolution française et se prolonge, jusqu'à nos jours, en expéditions de pirates, comme les fameuses guerres d'opium contre la Chine.</p> <p class="spip">Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. Quelques-unes de ces méthodes reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception exploitent le pouvoir d'État, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter violemment le passage de l'ordre économique féodal à l'ordre économique capitaliste et abréger les phases de transition. Et, en effet, la force est l'accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique. »[2]</p> <p class="spip">Ceux – et ils sont nombreux – qui ont reproché à Marx d'avoir négligé ou minimisé le rôle de l'État ou de l'avoir réduit à « une superstructure » totalement subordonnée à « l'infrastructure économique » n'ont probablement jamais lu ce passage. Ou ils n'y ont visiblement rien compris…</p> <p class="spip">Mais c'est sur un autre point que j'insisterai ici. Dans ce panorama général de « l'accumulation primitive », ce qui passe au premier plan, de même que le rôle d'accoucheur de l'histoire qu'est la violence concentrée de l'État, c'est ce qu'il faut bien appeler une première mondialisation dont Marx pointe ici quelques moments : la découverte et la colonisation des Amériques ; l'afflux en Europe de métaux précieux liés au pillage et à l'exploitation minière de ces mêmes Amériques ; le développement du système de plantations esclavagistes toujours aux Amériques et la traite négrière qui les ravitaille en main-d'œuvre depuis les côtes africaines ; la conquête des marchés orientaux et le début de la colonisation de certaines contrées orientales ; la rivalité entre puissances européennes pour s'approprier ces flux de richesses marchandes et monétaires, exacerbée par la mise en œuvre de politiques mercantilises, dégénérant régulièrement en guerres qui finiront par prendre une dimension mondiale ; la nécessité par conséquent d'un renforcement militaire mais aussi administratif et fiscal des États ; la nécessité de développer aussi le crédit public ; etc.</p> <p class="spip">Ce qui s'esquisse ici clairement, c'est l'hypothèse que c'est dans et par cette première mondialisation que s'est parachevée la formation du rapport capitaliste de production. Et c'est de cette hypothèse qui m'a servi de fil conducteur pour Le premier âge du capitalisme, dont le premier tome paraîtra en septembre prochain[3].
(A suivre)</p> <p class="spip"><i class="spip">Ce texte d'Alain Bihr reprend et développe l'exposé fait à l'Université de Lausanne le 17 avril 2018. Comme indiqué dans la note 3, il annonce à sa manière la publication (en septembre) du tome 1 de l'ouvrage intitulé : Le premier âge du capitalisme.</i></p> <hr class="spip" /> <p class="spip">[1] La préhistoire du capital, Page 2, Lausanne, 2006.</p> <p class="spip">[2] Le Capital, Paris, 1948, Éditions Sociales, tome III, page 193.</p> <p class="spip">[3] Le premier âge du capitalisme, tome 1 : L'expansion européenne, Lausanne – Paris, Page 2 – Syllepse, à paraître en septembre 2018.</p> <p class="spip">Publié par <a href="http://alencontre.org/marxisme/marx-et-la-premiere-mondialisation-i.html" class="spip_out">Alencontre</a></p></div>
		
		
                    [category@term] => Actualité
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique6
                )

            [7] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Liste des manifestations pour le 1er mai 2018
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article903
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article903
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-04-30T08:19:27Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => Agenda
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                    [category] => Agenda
                    [description#] => 1
                    [description] => Metz : 10h place de la République <br />Verdun : 10h parking du 8 Mai <br />Épinal : 10h30 place Foch (préfecture) <br />Bar-le-Duc : 10h30 au départ de la gare <br />Strasbourg : 10h place de Lattre de Tassigny (place de la Bourse) <br />Mulhouse : 10h place la Bourse <br />Reims : 10h départ devant la Maison des Syndicats, 15 boulevard de la Paix <br />Nancy : 10h30 place Dombasle <br />https://manif-est.info/ <br />Le 1er mai, rejoins le cortège Libertaire ! <br />Fête du Molodoi <br />1ER MAI (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>


		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton903.jpg" alt="" align="right" width="543" height="368" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">Metz : 10h place de la République</p> <p class="spip">Verdun : 10h parking du 8 Mai</p> <p class="spip">Épinal : 10h30 place Foch (préfecture)</p> <p class="spip">Bar-le-Duc : 10h30 au départ de la gare</p> <p class="spip">Strasbourg : 10h place de Lattre de Tassigny (place de la Bourse)</p> <p class="spip">Mulhouse : 10h place la Bourse</p> <p class="spip">Reims : 10h départ devant la Maison des Syndicats, 15 boulevard de la Paix</p> <p class="spip">Nancy : 10h30 place Dombasle</strong></p> <p class="spip"><a href="https://manif-est.info/" class="spip_out">https://manif-est.info/</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.facebook.com/events/848352582026389/" class="spip_out">Le 1er mai, rejoins le cortège Libertaire !</a></p> <p class="spip"><a href="https://manif-est.info/Fete-du-Molodoi-salon-du-livre-556.html" class="spip_out">Fête du Molodoi</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.facebook.com/events/330276844164552/" class="spip_out">1ER MAI Anticapitaliste</a></p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Metz : 10h place de la République <br />Verdun : 10h parking du 8 Mai <br />Épinal : 10h30 place Foch (préfecture) <br />Bar-le-Duc : 10h30 au départ de la gare <br />Strasbourg : 10h place de Lattre de Tassigny (place de la Bourse) <br />Mulhouse : 10h place la Bourse <br />Reims : 10h départ devant la Maison des Syndicats, 15 boulevard de la Paix <br />Nancy : 10h30 place Dombasle <br />https://manif-est.info/ <br />Le 1er mai, rejoins le cortège Libertaire ! <br />Fête du Molodoi <br />1ER MAI (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7" rel="directory">Agenda</a>


		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton903.jpg" alt="" align="right" width="543" height="368" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip"><strong class="spip">Metz : 10h place de la République</p> <p class="spip">Verdun : 10h parking du 8 Mai</p> <p class="spip">Épinal : 10h30 place Foch (préfecture)</p> <p class="spip">Bar-le-Duc : 10h30 au départ de la gare</p> <p class="spip">Strasbourg : 10h place de Lattre de Tassigny (place de la Bourse)</p> <p class="spip">Mulhouse : 10h place la Bourse</p> <p class="spip">Reims : 10h départ devant la Maison des Syndicats, 15 boulevard de la Paix</p> <p class="spip">Nancy : 10h30 place Dombasle</strong></p> <p class="spip"><a href="https://manif-est.info/" class="spip_out">https://manif-est.info/</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.facebook.com/events/848352582026389/" class="spip_out">Le 1er mai, rejoins le cortège Libertaire !</a></p> <p class="spip"><a href="https://manif-est.info/Fete-du-Molodoi-salon-du-livre-556.html" class="spip_out">Fête du Molodoi</a></p> <p class="spip"><a href="https://www.facebook.com/events/330276844164552/" class="spip_out">1ER MAI Anticapitaliste</a></p></div>
		
		
                    [category@term] => Agenda
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique7
                )

            [8] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => Pour la libération de Mumia Abu Jamal
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article902
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article902
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-04-30T07:50:07Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => L'Alsace qui lutte
                            [subject#2] => Répression
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14
                    [category] => L'Alsace qui lutte
                    [description#] => 1
                    [description] => Rassemblement : lundi 30 avril à 17H00 : Devant le Consulat américain de Strasbourg – 15 avenue d'Alsace – Strasbourg <br />Lettre à Mme Kara C. Mac Donald Consul général des Etats-Unis Consulat de Strasbourg 15, Avenue d'Alsace 67082 STRASBOURG Cedex France <br />Strasbourg, le 24 avril 2018 <br />Madame, <br />Mumia Abu Jamal, membre des Black Panthers, de Move et journaliste indépendant américain a été emprisonné il y a 36 ans, en 1982, pour le meurtre d'un policier blanc qu'il a toujours nié. <br />Il a été condamné à mort. Il (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14" rel="directory">L'Alsace qui lutte</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot17" rel="tag">International</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot26" rel="tag">Répression</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton902.jpg" alt="" align="right" width="400" height="398" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Rassemblement : lundi 30 avril à 17H00 :
Devant le Consulat américain de Strasbourg – 15 avenue d'Alsace – Strasbourg</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Lettre à Mme Kara C. Mac Donald
Consul général des Etats-Unis
Consulat de Strasbourg
15, Avenue d'Alsace
67082 STRASBOURG Cedex France</p> <p class="spip">Strasbourg, le 24 avril 2018</p> <p class="spip">Madame,</p> <p class="spip">Mumia Abu Jamal, membre des Black Panthers, de Move et journaliste indépendant américain a été emprisonné il y a 36 ans, en 1982, pour le meurtre d'un policier blanc qu'il a toujours nié.</p> <p class="spip">Il a été condamné à mort. Il est resté dans le couloir de la mort d'une prison jusqu'en 2001 où la Cour Suprême américaine a dû reconnaitre les irrégularités du procès et a annulé sa condamnation à mort. Elle a néanmoins refusé de le libérer. Mumia reste donc emprisonné. Il est aujourd'hui gravement malade ; il est non soigné et sa vie est en danger.
Il a été démontré que toutes les preuves allant à son encontre étaient des falsifications.</p> <p class="spip">Une nouvelle procédure judiciaire visant à obtenir sa libération a été engagée par ses avocats.</p> <p class="spip">Le tribunal de Philadelphie doit se réunir le 30 avril prochain pour examiner la demande des avocats de Mumia que toutes les pièces du dossier le concernant soient rendue publiques.</p> <p class="spip">Dans le monde entier, des rassemblements vont être organisés pour soutenir les exigences des avocats de Mumia – en particulier devant les ambassades des Etats-Unis.</p> <p class="spip">Suite à l'appel de Suzanne Ross (porte-parole de International Concerned Family and Friends of Mumia Abu Jamal) et en prévision de l'instance du tribunal de Philadelphie qui aura lieu le 30 avril prochain, nous demandons, nous militants de diverses organisations démocratiques et du mouvement :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> la publication des dossiers de la police américaine concernant Mumia,
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> la libération de Mumia Abu Jamal.</p> <p class="spip">Le maintien de l'emprisonnement de Mumia traduit le caractère de justice de classe et de racisme de la justice américaine. Il est intolérable qu'un militant d'origine afro-américaine reste en prison alors qu'il a été démontré que les preuves qui ont servi à le condamner sont fausses.</p> <p class="spip">Nous vous demandons de recevoir une délégation de nos organisations le lundi 30 avril à 17H00 pour que vous fassiez écho de nos demandes auprès du gouvernement de Donald Trump :</p> <p class="spip">Publication des dossiers de la police américaine</p> <p class="spip">Libération de Mumia Abu Jamal</p> <p class="spip">Signataires :</p> <p class="spip"><strong class="spip">Comité Régional de la CGT Alsace ; FSU 67 ; POID 67 ; Comité de Strasbourg du MRAP ; Alternative Libertaire Alsace ; Solidaires Etudiant-e-s Alsace</strong></p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Rassemblement : lundi 30 avril à 17H00 : Devant le Consulat américain de Strasbourg – 15 avenue d'Alsace – Strasbourg <br />Lettre à Mme Kara C. Mac Donald Consul général des Etats-Unis Consulat de Strasbourg 15, Avenue d'Alsace 67082 STRASBOURG Cedex France <br />Strasbourg, le 24 avril 2018 <br />Madame, <br />Mumia Abu Jamal, membre des Black Panthers, de Move et journaliste indépendant américain a été emprisonné il y a 36 ans, en 1982, pour le meurtre d'un policier blanc qu'il a toujours nié. <br />Il a été condamné à mort. Il (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14" rel="directory">L'Alsace qui lutte</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot17" rel="tag">International</a>, 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot26" rel="tag">Répression</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton902.jpg" alt="" align="right" width="400" height="398" class="spip_logos" />
		<div class='rss_chapo'>Rassemblement : lundi 30 avril à 17H00 :
Devant le Consulat américain de Strasbourg – 15 avenue d'Alsace – Strasbourg</div>
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Lettre à Mme Kara C. Mac Donald
Consul général des Etats-Unis
Consulat de Strasbourg
15, Avenue d'Alsace
67082 STRASBOURG Cedex France</p> <p class="spip">Strasbourg, le 24 avril 2018</p> <p class="spip">Madame,</p> <p class="spip">Mumia Abu Jamal, membre des Black Panthers, de Move et journaliste indépendant américain a été emprisonné il y a 36 ans, en 1982, pour le meurtre d'un policier blanc qu'il a toujours nié.</p> <p class="spip">Il a été condamné à mort. Il est resté dans le couloir de la mort d'une prison jusqu'en 2001 où la Cour Suprême américaine a dû reconnaitre les irrégularités du procès et a annulé sa condamnation à mort. Elle a néanmoins refusé de le libérer. Mumia reste donc emprisonné. Il est aujourd'hui gravement malade ; il est non soigné et sa vie est en danger.
Il a été démontré que toutes les preuves allant à son encontre étaient des falsifications.</p> <p class="spip">Une nouvelle procédure judiciaire visant à obtenir sa libération a été engagée par ses avocats.</p> <p class="spip">Le tribunal de Philadelphie doit se réunir le 30 avril prochain pour examiner la demande des avocats de Mumia que toutes les pièces du dossier le concernant soient rendue publiques.</p> <p class="spip">Dans le monde entier, des rassemblements vont être organisés pour soutenir les exigences des avocats de Mumia – en particulier devant les ambassades des Etats-Unis.</p> <p class="spip">Suite à l'appel de Suzanne Ross (porte-parole de International Concerned Family and Friends of Mumia Abu Jamal) et en prévision de l'instance du tribunal de Philadelphie qui aura lieu le 30 avril prochain, nous demandons, nous militants de diverses organisations démocratiques et du mouvement :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> la publication des dossiers de la police américaine concernant Mumia,
<br /><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> la libération de Mumia Abu Jamal.</p> <p class="spip">Le maintien de l'emprisonnement de Mumia traduit le caractère de justice de classe et de racisme de la justice américaine. Il est intolérable qu'un militant d'origine afro-américaine reste en prison alors qu'il a été démontré que les preuves qui ont servi à le condamner sont fausses.</p> <p class="spip">Nous vous demandons de recevoir une délégation de nos organisations le lundi 30 avril à 17H00 pour que vous fassiez écho de nos demandes auprès du gouvernement de Donald Trump :</p> <p class="spip">Publication des dossiers de la police américaine</p> <p class="spip">Libération de Mumia Abu Jamal</p> <p class="spip">Signataires :</p> <p class="spip"><strong class="spip">Comité Régional de la CGT Alsace ; FSU 67 ; POID 67 ; Comité de Strasbourg du MRAP ; Alternative Libertaire Alsace ; Solidaires Etudiant-e-s Alsace</strong></p></div>
		
		
                    [category@term] => L'Alsace qui lutte
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14
                )

            [9] => Array
                (
                    [title#] => 1
                    [title] => PROTEGER LES PERSONNES NON LES FRONTIERES
                    [link#] => 1
                    [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article901
                    [guid#] => 1
                    [guid@] => ispermalink
                    [guid@ispermalink] => true
                    [guid] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?article901
                    [dc] => Array
                        (
                            [date#] => 1
                            [date] => 2018-04-24T12:36:21Z
                            [format#] => 1
                            [format] => text/html
                            [language#] => 1
                            [language] => fr
                            [creator#] => 1
                            [creator] => CAL Alsace
                            [subject#] => 1
                            [subject] => L'Alsace qui lutte
                        )

                    [category#] => 1
                    [category@] => domain
                    [category@domain] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14
                    [category] => L'Alsace qui lutte
                    [description#] => 1
                    [description] => Les députés du parlement européen votent ce jour sur le pacte mondial des réfugiés ; le collectif pour une autre politique migratoire Dénonce : <br />La mort ou la disparition en l'espace de 30 ans de près de 40 000 personnes aux frontières de l'Europe ; elles fuyaient les guerres, les dictatures, la corruption ; 2016 aura été une année particulièrement meurtrière (6400 personnes mortes ou disparues) et ces migrations ne sont pas prêtes de s'arrêter. <br />Une situation qui est la conséquence de la politique (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14" rel="directory">L'Alsace qui lutte</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot10" rel="tag">Antiracisme</a>

		
                    [content] => Array
                        (
                            [encoded#] => 1
                            [encoded] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton901.jpg" alt="" align="right" width="276" height="183" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Les députés du parlement européen votent ce jour sur le pacte mondial des réfugiés ; le collectif pour une autre politique migratoire
Dénonce :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La mort ou la disparition en l'espace de 30 ans de près de 40 000 personnes aux frontières de l'Europe ; elles fuyaient les guerres, les dictatures, la corruption ; 2016 aura été une année particulièrement meurtrière (6400 personnes mortes ou disparues) et ces migrations ne sont pas prêtes de s'arrêter.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Une situation qui est la conséquence de la politique migratoire européenne qui n'a pas mis en place des voies migratoires légales et qui confie (externalise) le contrôle de ses frontières à des pays tiers comme le Niger, la Libye, la Turquie , le Maroc afin que ces derniers moyennant finances stoppent les exilés en les confinant dans des camps au mépris des droits (humains) les obligeant à prendre des routes plus périlleuses et coûteuses.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Les nombreux dispositifs qui trient, confinent, discriminent et bafouent les droits des exilés que ce soient les hotspots (en Italie et en Grèce), les camps, les bidonvilles, les jungles, les centres de rétention, les CAO et l'ensemble des procédures ou règlements existants (dont règlement Dublin). Tout est fait pour que les exilés ne restent pas et ne soient pas « visibles ».</p> <p class="spip">Demande :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Le respect du droit international et des droits humains</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La création de routes sûres et légales par l'Union Européenne.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> L'abandon de la proposition du règlement Dublin IV et une refonte du règlement Dublin avec une répartition réellement efficace et solidaire des demandeurs d'asile entre les États membres de l'Union européenne et les États associés</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La mise en place d'une véritable politique d'accueil soutenue par une volonté politique</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La ratification de la convention internationale de protection des travailleurs migrants et de leur famille</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La défense de la solidarité comme valeur fondamentale</p> <p class="spip">ACAT, ALARMPHONE, ATMF, CASAS, CCFD-TS 67, CIMADE, Europe Cameroun Solidarité, AWA, F3M, LDH 67, Makers for Change, Médecins du Monde, Migrations Santé Alsace, MRAP, OXFAM, Pastorale des Migrants, Vie Nouvelle et quelques individuels</p></div>
		
		
                        )

                    [summary#] => 1
                    [summary] => Les députés du parlement européen votent ce jour sur le pacte mondial des réfugiés ; le collectif pour une autre politique migratoire Dénonce : <br />La mort ou la disparition en l'espace de 30 ans de près de 40 000 personnes aux frontières de l'Europe ; elles fuyaient les guerres, les dictatures, la corruption ; 2016 aura été une année particulièrement meurtrière (6400 personnes mortes ou disparues) et ces migrations ne sont pas prêtes de s'arrêter. <br />Une situation qui est la conséquence de la politique (&hellip;)


-
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14" rel="directory">L'Alsace qui lutte</a>

/ 
<a href="http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?mot10" rel="tag">Antiracisme</a>

		
                    [atom_content#] => 1
                    [atom_content] => <img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/IMG/arton901.jpg" alt="" align="right" width="276" height="183" class="spip_logos" />
		<div class='rss_texte'><p class="spip">Les députés du parlement européen votent ce jour sur le pacte mondial des réfugiés ; le collectif pour une autre politique migratoire
Dénonce :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La mort ou la disparition en l'espace de 30 ans de près de 40 000 personnes aux frontières de l'Europe ; elles fuyaient les guerres, les dictatures, la corruption ; 2016 aura été une année particulièrement meurtrière (6400 personnes mortes ou disparues) et ces migrations ne sont pas prêtes de s'arrêter.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Une situation qui est la conséquence de la politique migratoire européenne qui n'a pas mis en place des voies migratoires légales et qui confie (externalise) le contrôle de ses frontières à des pays tiers comme le Niger, la Libye, la Turquie , le Maroc afin que ces derniers moyennant finances stoppent les exilés en les confinant dans des camps au mépris des droits (humains) les obligeant à prendre des routes plus périlleuses et coûteuses.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Les nombreux dispositifs qui trient, confinent, discriminent et bafouent les droits des exilés que ce soient les hotspots (en Italie et en Grèce), les camps, les bidonvilles, les jungles, les centres de rétention, les CAO et l'ensemble des procédures ou règlements existants (dont règlement Dublin). Tout est fait pour que les exilés ne restent pas et ne soient pas « visibles ».</p> <p class="spip">Demande :</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> Le respect du droit international et des droits humains</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La création de routes sûres et légales par l'Union Européenne.</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> L'abandon de la proposition du règlement Dublin IV et une refonte du règlement Dublin avec une répartition réellement efficace et solidaire des demandeurs d'asile entre les États membres de l'Union européenne et les États associés</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La mise en place d'une véritable politique d'accueil soutenue par une volonté politique</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La ratification de la convention internationale de protection des travailleurs migrants et de leur famille</p> <p class="spip"><img src="http://alsace.alternativelibertaire.org/dist/puce.gif" width="8" height="11" alt="-" /> La défense de la solidarité comme valeur fondamentale</p> <p class="spip">ACAT, ALARMPHONE, ATMF, CASAS, CCFD-TS 67, CIMADE, Europe Cameroun Solidarité, AWA, F3M, LDH 67, Makers for Change, Médecins du Monde, Migrations Santé Alsace, MRAP, OXFAM, Pastorale des Migrants, Vie Nouvelle et quelques individuels</p></div>
		
		
                    [category@term] => L'Alsace qui lutte
                    [category@scheme] => http://alsace.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique14
                )

        )

    [channel] => Array
        (
            [title#] => 1
            [title] => Alternative libertaire Alsace
            [link#] => 1
            [link] => http://alsace.alternativelibertaire.org/
            [description#] => 1
            [description] => Site des collectifs Alternative libertaire d'Alsace (Strasbourg, Mulhouse,&hellip;)
            [language#] => 1
            [language] => fr
            [generator#] => 1
            [generator] => SPIP - www.spip.net
            [tagline#] => 1
            [tagline] => Site des collectifs Alternative libertaire d'Alsace (Strasbourg, Mulhouse,&hellip;)
            [subtitle#] => 1
            [subtitle] => Site des collectifs Alternative libertaire d'Alsace (Strasbourg, Mulhouse,&hellip;)
        )

    [textinput] => Array
        (
        )

    [image] => Array
        (
        )

    [feed_type] => RSS
    [feed_version] => 2.0
    [encoding] => UTF-8
    [_source_encoding] => 
    [ERROR] => 
    [WARNING] => 
    [_ATOM_CONTENT_CONSTRUCTS] => Array
        (
            [0] => content
            [1] => summary
            [2] => title
            [3] => info
            [4] => tagline
            [5] => copyright
            [6] => rights
            [7] => subtitle
        )

    [_XHTML_CONTENT_CONSTRUCTS] => Array
        (
            [0] => body
            [1] => div
        )

    [_KNOWN_ENCODINGS] => Array
        (
            [0] => UTF-8
            [1] => US-ASCII
            [2] => ISO-8859-1
        )

    [stack] => Array
        (
        )

    [inchannel] => 
    [initem] => 
    [incontent] => Array
        (
        )

    [exclude_top] => 
    [intextinput] => 
    [inimage] => 
    [current_namespace] => 
    [current_category] => 0
    [last_modified] => Sun, 20 Jan 2019 11:12:38 GMT

    [rss_origin] => 5
)